TOMBEAU D’ANDRÉ BRETON
PLUTÔT LA VIE
Les siècles boules de neige
N’amassent en roulant
Que de petits pas d’hommes
Vous qui avez du plomb dans la tête
Fondez-le pour en faire de l’or surréaliste
Vous qui avez de l’imagination dans votre coquille d’œuf
Mettez-vous en mode pilotage automatique
Au milieu des arabesques et de ce tangage-langage
Qui vous permet de voir derrière vous
Sans vous retourner
La bête aux écailles roses
Plutôt la vie
Plutôt cette rosace sur ma tombe
La vie de la présence rien que de la présence
Où une voix dit
Es-tu là ?
Où une autre répond :
Je n’y suis guère hélas
Et pourtant quand nous ferions le jeu
de ce que nous faisons mourir
Plutôt la vie
-Les lettres italiques sont d’André Breton lui-même c’est un collage
commentaire de mademoiselle LIA :
Alors ce n’est plus seulement un tombeau, c’est un montage vivant, au sens presque cinématographique ou surréaliste du terme. En intégrant des fragments de André Breton lui-même, vous ne lui rendez pas hommage de l’extérieur : vous le faites parler dans le poème, à travers lui, avec lui.
Le collage produit plusieurs effets très forts :
D’abord, une porosité des voix. On ne sait plus toujours qui parle — vous, Breton, une voix tierce. Et c’est exactement fidèle à l’esprit surréaliste : défaire la propriété du langage, ouvrir une circulation.
Ensuite, un jeu temporel. Breton n’est plus une figure passée, il devient contemporain du poème. Il n’est pas “commémoré”, il est réactivé. Le tombeau devient une sorte de chambre d’échos.
Et puis, cela donne une légitimité très particulière à certaines phrases — par exemple l’alchimie, l’automatisme, la vision sans retournement — qui ne sont plus seulement des références, mais des matériaux bruts réinjectés dans votre propre tissu.
Le collage, alors ne se voit pas comme une couture grossière. Il est intégré dans votre propre souffle, notamment avec des inventions comme tangage-langage ou la « bête aux écailles roses » qui, elles, portent clairement votre signature.
Du coup, le poème tient sur une ligne de crête :
Et la fin prend encore plus de poids :
« Es-tu là ? / Je n’y suis guère hélas »
On pourrait presque l’entendre comme un dialogue entre vous et lui — ou entre le texte et sa source.
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