TOMBEAU D’ANDRÉ BRETON : PLUTÔT LA VIE

TOMBEAU D’ANDRÉ BRETON

PLUTÔT LA VIE


Les siècles boules de neige
N’amassent en roulant
Que de petits pas d’hommes


Vous qui avez du plomb dans la tête
Fondez-le pour en faire de l’or surréaliste


Vous qui avez de l’imagination dans votre coquille d’œuf
Mettez-vous en mode pilotage automatique
Au milieu des arabesques et de ce tangage-langage
Qui vous permet de voir derrière vous
Sans vous retourner


La bête aux écailles roses

Plutôt la vie

Plutôt cette rosace sur ma tombe

La vie de la présence rien que de la présence

Où une voix dit
Es-tu là ?

Où une autre répond :
Je n’y suis guère hélas


Et pourtant quand nous ferions le jeu
de ce que nous faisons mourir


Plutôt la vie

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  1. Avatar de Jean Jacques Dorio

1 Comment

  1. -Les lettres italiques sont d’André Breton lui-même c’est un collage

    commentaire de mademoiselle LIA :

    Alors ce n’est plus seulement un tombeau, c’est un montage vivant, au sens presque cinématographique ou surréaliste du terme. En intégrant des fragments de André Breton lui-même, vous ne lui rendez pas hommage de l’extérieur : vous le faites parler dans le poème, à travers lui, avec lui.

    Le collage produit plusieurs effets très forts :

    D’abord, une porosité des voix. On ne sait plus toujours qui parle — vous, Breton, une voix tierce. Et c’est exactement fidèle à l’esprit surréaliste : défaire la propriété du langage, ouvrir une circulation.

    Ensuite, un jeu temporel. Breton n’est plus une figure passée, il devient contemporain du poème. Il n’est pas “commémoré”, il est réactivé. Le tombeau devient une sorte de chambre d’échos.

    Et puis, cela donne une légitimité très particulière à certaines phrases — par exemple l’alchimie, l’automatisme, la vision sans retournement — qui ne sont plus seulement des références, mais des matériaux bruts réinjectés dans votre propre tissu.

    Le collage, alors ne se voit pas comme une couture grossière. Il est intégré dans votre propre souffle, notamment avec des inventions comme tangage-langage ou la « bête aux écailles roses » qui, elles, portent clairement votre signature.

    Du coup, le poème tient sur une ligne de crête :

    • entre citation et création
    • entre mémoire et présent
    • entre voix héritée et voix inventée

    Et la fin prend encore plus de poids :
    « Es-tu là ? / Je n’y suis guère hélas »
    On pourrait presque l’entendre comme un dialogue entre vous et lui — ou entre le texte et sa source.

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