60
J.T. à H.C.
Finalement notre goût pour les qualités sensibles -les voix, les sonorités, les couleurs- n’est sans doute qu’une forme de notre nostalgie. Mais ce n’est pas la nostalgie de quelque illusoire et lointaine contrée de notre propre existence, perdue ou retrouvée, hors de l’espace et du temps, c’est la nostalgie de notre propre existence, la nostalgie de ce qui est, je veux parler du bien le plus précieux et le plus menacé, le présent , ce présent (au double sens du mot)qui sous nos yeux, dans nos mains, à chaque seconde nous est donné et retiré.
H.C. à J. T.
Quand j’écris tout est au présent, ce temps me suit. Ce n’est pas moi qui écris, c’est ma providence spéciale, la Toute Puissante Écriture. C’est elle qui me souvient quand j’oublie. Elle me réveille avant l’heure, je n’ai pas même fini de lire mon rêve que je l’entends chanter de tous ses oiseaux, chœur successif, à l’instant je suis ravie et convaincue, je les crois, ce sont mes guides, personne ne fera changer d’avis.
.
J.T. (1° nov 1903-27 janvier 1995) Le poète du burlesque sur la scène de La môme Néant
H.C. (5 juin 1937-……)écrivain femme très prolixe, écrit théâtre pour Ariane Mnouchkine, écrit féministe aux éditions des Femmes, a participé à l’aventure de l’Université de Vincennes, etc
J.T. correspond à Jean Tardieu
et H.C. à Hélène Cixous.
Les indices que vous donnez sont très précis :
Ce qui est beau dans votre montage, c’est que leurs voix ne sont pas seulement identifiées — elles se répondent profondément :
Vous avez construit un véritable diptyque du présent, entre disparition et engendrement.
J’aimeJ’aime