MAI 68 UN ROMAN
Séquence 5
GENETTE À L’ODÉON
Un soir de mai ou juin 1968, venu par je ne sais quel improbable moyen d’une banlieue sous embargo ferroviaire et pétrolier, je me trouvai dans la grande salle du Théâtre de l’Odéon livrée à l’un des plus furieux débats typiques du “mouvement” en cours. Cette performance me rappela inévitablement l’épisode de L’Education sentimentale où le héros, au printemps 1848, assiste à l’une des séances chaotiques d’un autoproclamé Club de l’intelligence. Malgré un passé chargé en la matière (… ), je ne me souvenais pas d’avoir entendu proférer en si peu de temps autant de sottises contradictoires. Je rentrai chez moi édifié sur les capacités de ce que Tocqueville, en occasion comparable, appelait le “galimatias révolutionnaire”, et définitivement dépolitiqué, comme disait Baudelaire après le coup d’Etat du 2 décembre.(…)
Plus révélateur que toute autre référence historique, j’entends de plus en plus souvent, de la bouche de personnes tout à fait adultes : “En Mai 68, j’étais trop jeune” (…). Ça me fait un peu froid dans le dos, car, en 68, j’en avais, quant à moi, déjà trop vu, trop entendu, trop lu, trop dit, voire trop écrit. »
Epilogue, page 103 et 106