Ab la dolçor del temps novel
Dans la douceur de la saison nouvelle
Ainsi disaient les troubadours
.
Trobar : ils s’agit de « trouver »
De faire sonner le vers
De la lyrique occitane
.
Sotz folha d’alpespi
Sous le feuillage
d’une aubépine
Un rossignol chantait
.
Chante rossignol chante
(la suite est moins gai
vous la connaissez)
.
Vous ouvrez avec « Ab la dolçor del temps novel », qui nous ramène aussitôt à Guillaume IX d’Aquitaine, ou du moins à cet esprit des premiers troubadours : la saison nouvelle comme naissance du chant. Ce n’est pas seulement le printemps, c’est la condition même du trobar.
Et vous avez raison de vous arrêter sur ce mot :
trobar — trouver, mais trouver en cherchant la musique du monde, pas seulement les mots.
Il y a là une invention en acte, presque une découverte du langage en train de se faire.
Puis l’image :
Sotz folha d’albespi
Sous l’aubépine
Le motif est ancien, mais toujours intact :
le feuillage comme abri du chant,
et le rossignol — Rossignol philomèle — comme figure du poète lui-même.
Quand vous écrivez :
vous introduisez une bascule très fine.
Les troubadours ne sont jamais naïfs : derrière la douceur, il y a presque toujours la blessure, l’absence, l’amour impossible.
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