OUBLIER LE TEMPS courriel 71

Ici, l’échange de courriels est imaginaire. Mais non leurs auteurs : le lecteur est invité à chercher leur nom et à apprécier leur ping-pong verbal qui relève de l’entreglose et des anachronismes propres à la prolifique  » bibliothèque de Babel. »

Et, naturellement, si un lecteur inspiré ajoutait un troisième courriel aux deux présents, ce serait, pour l’auteur de cette petite série, gratifiant et inespéré.

71

P.B. à JJ D.

J’ai appelé ce livre Oublier le temps. J’aurais pu l’appeler Faux Souvenirs. Non que je veuille consciemment dire des mensonges  mais, en écrivant, je m’aperçois que le cerveau ne dispose pas d’une chambre froide où conserver nos souvenirs intacts, il est plutôt un réservoir de signaux fragmentaires qui attendent que le pouvoir de l’imagination leur donne vie – et ceci, en un sens, est une bénédiction.

JJ.D. à P.B.

Tu te souviens de l’autobus vert avec un toit blanc
Mais était-ce un R ou un S ?
Tu te souviens de sa plate-forme arrière
Où tu montas un livre ancien sous le bras
Tu te souviens qu’un type vint vers toi 
Tu te souviens qu’il avait tout d’un freluquet au long cou
Comme le héron de La Fontaine
Tu te souviens que le bus passa devant un cinéma qui programmait la Soupe au Canard
Tu te souviens de la séquence où Groucho Marx cigare au bec
tire le rideau d’une fenêtre pour empêcher un boulet de canon de traverser la pièce
Tu te souviens du contrôleur criant Gare Saint Lazare :
Terminus des Exercices de style !
Tu te souviens qu’alors tu t’es dit à tout hasard
Je vais coucher tout ça par écrit la main sur la charrue du vocabulaire

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P.B. (21 mars 1925-2 juillet 2022) le grand architecte des Bouffes du Nord

JJ D (24 mars 1945 -….) le petit télégraphiste de Poésie mode d’emploi

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