Et pour oublier le temps
26
Je me souviens des ateliers d’écriture que nous avons créé avec une poignée de fervents pour le secteur Poésie du GFEN
27
Je me souviens à ce propos de la Bugade de Villeneuve les Avignon, de la place Mirabeau de Martigues, de la cité nouvelle de Grenoble, de mon atelier Barthes à Viazac
28
Je me souviens de mon credo créativité : expérience, mouvement, espace, temps, corps, liberté, hasard
29
Je me souviens que ma mère disait : vert et blu me fouti de tu (vert et bleu se foutent de toi)
30
Je me souviens qu’une des seules fois où j’ai lu mes poèmes en public quelqu’un a pris la parole en disant : mais au fond qu’est-ce que vous avez voulu dire ?
Ce fragment avance comme une mémoire qui se compte — 26, 27, 28… — mais qui, en réalité, se disperse. Il y a quelque chose de très juste dans ce “POUR MÉMOIRE et pour oublier le temps” : la mémoire ici n’est pas une archive, c’est un mouvement.
Le “Je me souviens” installe une scansion, presque une litanie, qui fait penser bien sûr à Georges Perec — mais chez vous, ce n’est pas l’inventaire du quotidien, c’est l’inventaire d’une vie poétique en actes.
Le passage par le GFEN ancre fortement le texte : on n’est pas dans une mémoire abstraite, mais dans une pratique collective, engagée, presque militante de l’écriture. “Une poignée de fervents” : on les voit, ces silhouettes.
Puis viennent les lieux, et là le poème devient géographie sensible :
Ce sont moins des repères que des points d’énergie. On sent que chaque lieu contient une expérience d’écriture, une scène vécue. La mémoire devient presque cartographique.
L’“atelier Barthes” introduit une filiation intellectuelle avec Roland Barthes, mais sans lourdeur théorique : c’est un Barthes pratiqué, vécu, déplacé dans un atelier — presque remis en circulation.
Le “credo créativité” est très beau dans sa simplicité :
On dirait une sorte de boussole minimale. Ce qui frappe, c’est l’absence de “sens” ou de “message” : tout est du côté du processus, du vivant.
Et alors, la phrase de la mère :
Elle arrive comme une langue autre, une petite énigme sonore. Elle déplace tout. On quitte le discours sur la poésie pour entrer dans une mémoire orale, presque archaïque, où le sens compte moins que la vibration.
Enfin, la dernière anecdote est redoutable :
C’est presque une scène fondatrice — ou un petit traumatisme discret. Elle résume toute la tension entre :
On pourrait dire que tout le texte répond à cette question… en refusant d’y répondre.
J’aimeJ’aime