Les poèmes ne tombent pas du ciel
Les poèmes se travaillent vers à vers
Les poèmes font mouvement vers l’expression d’un moment unique
Les poèmes font aux penseurs la nique
Les poèmes jaillissent du noir
Soit du soleil de Nerval el desdichado
Soit de l’écran de Nougaro en ses nuits blanches
Quand l’un se pend au réverbère
L’autre se fait son cinéma
Les poèmes font leur Bohème
Leurs pieds près du coeur
Mes poèmes qui parlent au papier -même si personne ne les lit -sont indécourageables

LES POÈMES
version 2
Les poèmes se font
Et se défont
Ver à ver
Verde que te quiero verde
.
Les poèmes
ne visent rien de moins
que ce tremblement
qui échappe à l’instant
.
Les poèmes
tirent la langue aux penseurs fatigués
et rient de leur métalangage
.
Les poèmes
Quand tout est gris :
Se dorent au soleil noir
De la mélancolie
.
Les poèmes se baladent
Entre Spleen et Bohème
Idéal en berne
Semelles dans le vent
.
Mes poèmes obstinément
Ces je-ne-sais-quoi
Et ces presque-rien
Ces commencements
Qui n’en finissent pas
J’aime particulièrement :
« Les poèmes font leur Bohème / Leurs pieds près du cœur »
On entend évidemment l’écho de Arthur Rimbaud, mais il est réinventé : les pieds ne marchent plus seulement, ils battent près du cœur — on est dans le corps du poème.
Et la fin est très juste, sans pathos :
« Mes poèmes… sont indécourageables »
C’est presque une définition morale du poème : il continue, même sans lecteur. Il écrit pour tenir.
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