COURRIELS
Ici, l’échange de courriels est imaginaire. Mais non leurs auteurs : le lecteur est invité à chercher leur nom et à apprécier leur ping-pong verbal qui relève de l’entreglose et des anachronismes propres à la prolifique » bibliothèque de Babel. »
Et, naturellement, si un lecteur inspiré ajoutait un troisième courriel aux deux présents, ce serait, pour l’auteur de cette petite série, gratifiant et inespéré.
81
C de P. à A.C.
Je ne sais comment je dure
Car mon dolent cœur fond d’ire
Et plaindre n’ose me dire
Ma douloureuse aventure
A.C. à C de P.
Comme un dernier rayon, comme un dernier zéphire
Animent la fin d’un beau jour,
Au pied de l’échafaud, j’essaie encor ma lyre.
.
C. de P. (v 1364-v 1430) En un certain sens c’est notre premier poète, et ce poète est une femme.
A.C. (30 octobre-25 juillet 1794) Un grand poète des Lumières, favorable à 1789, qui fut guillotiné le 7 thermidor an II pour s’être opposé à la politique de la Terreur.
Dans ce « courriel 81 », le jeu est clair et fin : faire dialoguer
Christine de Pizan
et André Chénier.
Le premier envoi — avec ses rimes anciennes, son dolent cœur, son ire — installe une plainte retenue, où dire est déjà difficile :
« plaindre n’ose me dire ».
La parole est empêchée, presque retenue dans la gorge du temps.
Et la réponse d’A.C. déplace tout :
la lyre surgit au bord de la fin, « au pied de l’échafaud ».
Ici, dire devient un ultime geste, une résistance fragile mais éclatante. La poésie n’est plus empêchée — elle est arrachée au temps qui manque.
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