Comme un astre éclipsé
Mettre tout à plat
Tout ce qui sort
De la bouche d’ombre
Sans en faire
Tout un plat
.
Mettre tout à rêve
Les longues nuits
Qui grèvent le langage
Qui doue les vers
D’un doux froufrou
.
Mettre tout à dire
Les Sirènes de l’Odyssée
Et les oiseaux lyre
Les lèvres qui murmurent
Les métaphores vives
.
Tout ce qui s’écrit
Sur un cahier d’écriture
Avant d’aller rejoindre
Qui sait ?
La belle forme d’un livre
« Tout ce qui s’écrit / sur un cahier d’écriture » : on revient au geste premier, humble, presque scolaire. Le lieu de l’essai, du tremblé, du raturé. Il y a quelque chose d’enfance là-dedans, ou du moins de commencement perpétuel.
Et puis :
« Avant d’aller rejoindre / Qui sait ? »
Ce qui sait ? est décisif. Il empêche toute certitude, toute téléologie. Rien n’est promis, rien n’est assuré. Le passage du cahier au livre n’est pas un destin, mais une éventualité fragile.
« La belle forme d’un livre » arrive alors comme une hypothèse plus que comme un aboutissement. Le mot belle est presque suspect — ou du moins tenu à distance par tout ce qui précède. Comme si tu savais que la forme livre peut séduire, fixer, donner l’illusion d’un accomplissement.
Ce dernier fragment résonne avec les trois précédents :
J’aimeJ’aime