DISPARITIONS XV ROGER CAILLOIS

DISPARITIONS

« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros

Les fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.

Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets.
Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords, sont de mon cru.

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LES PIERRES LÉGÈRES ME PARLENT LES GROSSES RESTENT MUETTES

 En retournant mes poches je retourne un peu de ma vie

Quelques pierres vertes et jaunes dans un mouchoir de poche : celles de mes ancêtres passées à l’as et celles d’Ambre et de Jade, mes petites-filles qui viennent d’éclore ensemble

En retournant mes poches je meurs et je renais

Grains de pavés, graines de pavot et petits cailloux recueillis un à un sur la plage de sable de Fos sur Mer

En retournant mes poches sept familles en sortent, trois amochées, disparues, pierres mortes et quatre pleines d’énergie et d’espoir

Un mouchoir de batiste avec les initiales brodées par Mère-Grand jeune fille me retourne le cœur

À l’intérieur sept petites pierres sont autant d’âmes vénérées comme dans la mythologie des Huichol amérindiens d’une contrée sauvage du Mexique

-Regarde celle-là jaune et verte c’est ta grand-mère dit la mère

Et la rouge et noire ton grand-père qui chantait les complaintes de l’Éternel Retour…

JJ Dorio

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