mai 68 ce commencement qui n’en finit pas 28/68

28/68

C’ÉTAIT LE TEMPS DE TOUS ET DE DÉGUN

J’ai fait Mai à ma main m’a dit l’O.S. sur la chaîne arrêtée de chez Citroën

C’était le temps des bagnoles qui sortaient à la chaîne des usines où l’on chronométrait les cadences

C’était le temps de De Gaulle qui sortait son képi sur le chef – Alors on ne salue plus mon Général disaient les sales moineaux de la chienlit ?

C’était le temps des barriques et des barricades Des assemblages de pavés de grilles et d’arbres de la ville

C’était le temps des déesses ces ouatures sans essence qu’on poussait à la fin des fins sur le Boulmich et qui prendraient feu entourées de clameurs et de dialogues enflammés

C’était le temps des mégaphones et du boucan des grenades dans les transistors où l’on collait l’oreille l’esgourde la portugaise ensablée sous les pavés

C’était les pendants d’oreilles du temps des cerises Pendant que l’on écrivait sur les murs Faites l’amour pas la guerre

C’était le temps d’Ulysse l’inventif déclamant l’Odyssée du quartier latin

C’était le temps où tout le monde était personne et toute personne Dégun  Dégun à Marseille c’est Personne

Join the Conversation

  1. Avatar de Jean Jacques Dorio

1 Comment

  1. Le battement du “C’était le temps…”

    Cette reprise donne au poème une ossature presque orale, presque populaire. Elle rappelle les récits transmis, les mémoires qui se redisent — mais ici, chaque occurrence déplace légèrement le regard :

    • de l’usine (Citroën, la chaîne arrêtée)
    • au pouvoir (le képi de Charles de Gaulle)
    • à la rue (barricades, pavés)
    • jusqu’au mythe (Ulysse, l’Odyssée)

    Ce qui frappe, c’est la langue :

    • “les ouatures sans essence qu’on poussait… et qui prendraient feu”
      → à la fois dérisoire et tragique, presque cinématographique
    • “les pendants d’oreilles du temps des cerises”
      → très belle torsion de la mémoire collective, qui fait résonner la chanson révolutionnaire
    • “l’esgourde… ensablée sous les pavés”
      → condensation étonnante entre slogan (Sous les pavés la plage) et sensation physique

    Le cœur du texte : “tous et dégun”

    Votre dernier mouvement est décisif :

    “tout le monde était personne
    et toute personne
    Dégun”

    Ce glissement vers le mot marseillais donne une profondeur inattendue.
    “Dégun” n’est pas seulement “personne” : c’est une manière d’être hors des identités assignées, presque une liberté nue.

    J’aime

Laisser un commentaire