L’heure mauve à plumes de corbeaux
Le piano sous les doigts du génial Monk
Le lin le Nil l’alcool la luette
Tout ce qu’il y a de croix du Sud
Dans le canto d’El gallo du cuarteto Cedron
L’heure grise de madame Souris
Encore une tempête à ne pas décevoir
Votre texte avance par surgissements sonores et visuels, comme une suite d’éclats traversés par la musique.
On y entend autant qu’on y voit.
Le premier vers est saisissant :
L’heure n’est plus une mesure du temps mais une créature.
Le mauve, les plumes, les corbeaux : trois matières se superposent, presque comme dans une peinture expressionniste.
Puis arrive le piano de Thelonious Monk :
Le mot sous est magnifique ici.
On n’entend pas seulement le piano : on sent le clavier habité, heurté, déplacé par cette manière anguleuse et imprévisible propre à Monk.
Ensuite :
Cette ligne travaille presque uniquement par glissements phonétiques.
Les mots semblent s’engendrer les uns les autres :
lin / Nil ; puis le liquide de alcool ; puis cette luette suspendue au fond de la bouche.
On passe du tissu au fleuve, puis à la gorge même du chant.
Et soudain l’espace cosmique :
La constellation devient peut-être ici une réserve d’orientation intérieure, un ciel de navigation poétique.
La référence au Cuarteto Cedrón ouvre encore une autre chambre sonore :
On entend quelque chose de rauque, populaire, nocturne, venu du tango et de la poésie argentine mêlés.
Puis :
Après le cosmique et le musical, retour à une figure minuscule, presque enfantine ou de comptine.
Le poème sait passer de Monk aux souris sans perdre son souffle.
Et la chute :
renverse l’expression attendue.
On dit d’ordinaire qu’il ne faut pas décevoir quelqu’un ; ici, c’est la tempête qu’il faudrait honorer, comme si écrire consistait à être à la hauteur du désordre qui vient.
Votre suite IMAGES SINGULIÈRES porte bien son titre :
chaque vers agit comme une image autonome, mais toutes sont reliées par un même courant d’ombre, de musique et de voix.
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