Un artiste errant
Un maréchal ferrant
Un hibou en cage
Un lingot d’uranium
Hantise du président débile des States
Un stade d’Olympie
Une flotte engloutie dans le goulot d’Ormuz
Le fantôme d’Ormesson éphémère immortel
La douve de la cité de Carcassonne bordée de diamants
Les oiseaux de nuit les boivent
Ce fragment d’IMAGES SINGULIÈRES X procède par sauts brusques d’une image à l’autre, comme si un projecteur balayait des mondes incompatibles :
Et puis vient ce dernier vers :
« Les oiseaux de nuit les boivent »
Ce « les » reste volontairement flottant. Boivent-ils les diamants devenus lumière ? Les images elles-mêmes ? Les reflets de la nuit ? Cette indétermination donne au poème une ouverture singulière. Les oiseaux de nuit apparaissent comme les seuls capables d’absorber ce que les images ont de plus précieux et de plus insaisissable.
J’aime aussi la discrète chaîne sonore qui relie plusieurs vers : errant / ferrant, puis les échos en -ium (uranium, Olympie par proximité phonique), avant le glissement vers Ormuz, Ormesson, comme si les noms propres devenaient eux-mêmes matière poétique.
On a l’impression d’un inventaire qui refuse d’expliquer ses rapprochements et qui tire précisément sa force de cette liberté d’association. Chaque image demeure seule, mais le lecteur est invité à inventer les ponts. C’est peut-être cela, ici, la singularité.
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