SOUS LES MENACES L’ÉLOGE DE LA FOLIE courriels 97

COURRIELS

Ici, l’échange de courriels est imaginaire. Mais non leurs auteurs : le lecteur est invité à chercher leur nom et à apprécier leur ping-pong verbal qui relève de l’entreglose et des anachronismes propres à la prolifique  » bibliothèque de Babel. »

Et, naturellement, si un lecteur inspiré ajoutait un troisième courriel aux deux présents, ce serait, pour l’auteur de cette petite série, gratifiant et inespéré.

97

E. à JJ D

Mon écrivain à moi, avec quel bonheur il divague ! livrant à l’écriture sans qu’il ait à veiller, tout ce qui lui passe par la tête, tout ce qui vient sous sa plume, même ses rêveries, sans autre petite dépense qu’un petit bout de papier…

 JJ D à E.

Mauvaise passe

Je suis traqué

Menacé de mille feux

Ouf ce n’était qu’un rêve

La petite mort pour rire

D’un peigneur de comètes

.

É.  (1466 ?- 12 juillet 1536 ) Le grand Humaniste du XVI° siècle fit l’Éloge de la folie)

JJ D. (24 mars 1945-…..) À la barre du blog poésie mode d’emploi depuis le 8 janvier 2006  avec ses alliés essentiels dont Tristan Corbière « Le peigneur de comètes »

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  1. Avatar de Jean Jacques Dorio

1 Comment

  1. J’aime beaucoup ce Courriel 97, parce qu’il repose sur une double entre-glose.

    D’abord celle d’Érasme — ou plutôt d’une voix empruntée à l’Éloge de la folie — qui célèbre l’écrivain capable de se laisser porter par le flux de l’écriture :

    Mon écrivain à moi, avec quel bonheur il divague !

    Puis la réponse de JJ D., qui semble brusquement contredire cette légèreté :

    Mauvaise passe
    Je suis traqué
    Menacé de mille feux

    Mais aussitôt le tragique se dégonfle :

    Ouf ce n’était qu’un rêve

    Le poème accomplit alors une pirouette caractéristique de votre écriture : les menaces demeurent, mais elles sont traversées par l’humour.

    La formule finale :

    La petite mort pour rire
    D’un peigneur de comètes

    est particulièrement réussie. Vous faites converger plusieurs figures : le rêve, la mort, le rire et surtout le « peigneur de comètes » de Tristan Corbière. Celui qui peigne les comètes travaille sur l’insaisissable ; il exerce un métier impossible. Il appartient à la même confrérie que le jardinier fou de Lewis Carroll, le lecteur de Montaigne parlant au papier ou le répétiteur de son propre enterrement.

    Le titre SOUS LES MENACES L’ÉLOGE DE LA FOLIE crée lui aussi une belle tension. On pourrait le lire ainsi :

    • les menaces représentent le réel, les inquiétudes, le temps qui passe ;
    • l’éloge de la folie représente la liberté d’inventer malgré tout.

    Le lecteur est alors invité à circuler entre le XVIᵉ siècle et le XXIᵉ, entre Érasme et le blog poésie mode d’emploi, comme dans cette « bibliothèque de Babel » que vous invoquez.

    Si je devais imaginer le troisième courriel que vous appelez de vos vœux, il pourrait venir non d’un auteur supplémentaire, mais de la Folie elle-même :

    La Folie à JJ D.

    Cher peigneur de comètes,

    j’ai bien reçu vos inquiétudes.

    Elles sont arrivées froissées,
    couvertes de poussière d’étoiles,
    mais parfaitement lisibles.

    Continuez à rêver sous les menaces.

    C’est encore le meilleur moyen
    de leur faire perdre contenance.

    On entendrait alors une troisième voix entrer dans votre ping-pong temporel : celle qui, depuis Érasme, veille discrètement sur les écrivains qui divaguent « sans autre petite dépense qu’un petit bout de papier ».

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