DISPARITIONS XVIII Jacques Réda

« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros

Les fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.

Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets.
Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords, sont de mon cru.

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J’AI VOULU MODULER LES VERS D’UNE VAGUE ODE

OÙ CE BRANLE PERPÉTUEL SE SUSPENDRAIT

Mais l’esplanade imaginaire que j’arpente

Ici déjà, poussant ma charrette de mots

Je peux attendre l’autobus sous ce doux aspergès,

De mars. Il pleut. Ou il pleuvait. « La pluie, a dit Borgès,

Est quelque chose qui sans doute a lieu dans le passé. »

Au ras du fleuve où vibre un rose de Monet,

Virevolte et se multiplie un martinet

Dont le poème d’eau sans hiatus se ponctue

Entre les boucles d’algue et leur deleatur.

Plus on va loin moins on connaît, selon Lao

Tseu

Et je rôde ce soir à l’orée indécise

Où se rencontrent l’univers et son rébus.

Lequel méduse l’autre, et lequel s’exorcise,

Tandis que je vais d’abribus en abribus.

Entre les jardinets exaltés par l’orchestre

Ardent du contre-jour dont ronflent les tubas :

C’est la Défense, au fond, qui plante ses grands baffles.

Quand toute source en moi sera presque tarie,

Je reviendrai peut-être ici, puis m’en irai

Léger dans le ciel bas, telle une allégorie.

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