« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros
Les fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.
Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets.
Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords, sont de mon cru.
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TOMBEAU DE JACQUES RÉDA
Sans jamais l’assombrir comme une pure offrande : un Présent
Belle hécatombe de mots
C’est enfin leurs fins
Dans les bras d’un sommeil
Que l’on dit éternel
La fête est finie
Mais les malheurs aussi
On vide les tiroirs
De tes cartes postales
Quelques tickets d’un bal
Ou d’un concert de jazz
Tu as fini aussi crédule
Et tendre sous l’écorce
Qu’un gosse des faubourgs
Que l’on voit siffloter
Le requiem de Fauré
Entre les pages d’un album
Où quand vient notre tour
C’est toujours tout le monde
qui meurt… mais pas nous
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TOMBEAU :
offrande au Présent
tombent les mots
à leur fin
un sommeil éternel
cela n’a pas mordu
la fête est presque finie
mais pas nous pas nous :
reste vivant jusqu’au bout
michel chalandon
https://poesieafranquevaux3.blogspot.com/
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Quant à la chute :
Elle repose sur un paradoxe profondément humain. Nous assistons à la disparition des autres ; notre propre mort demeure toujours hors champ, impensable dans l’expérience vécue. Le dernier « mais pas nous » est à la fois naïf, drôle et vertigineux. Je crois que Jacques Réda aurait apprécié cette manière de terminer sur une demi-plaisanterie qui ouvre soudain sur l’abîme.
Ce qui me touche le plus dans ce poème, c’est qu’il ne cherche jamais à monumentaliser le disparu. Il lui laisse ses tickets de bal, ses cartes postales, son jazz, sa tendresse de gosse. C’est peut-être la plus belle forme de tombeau : conserver à quelqu’un sa part d’ordinaire.
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