Pastiche
Je me suis toujours été un autre
Poussé par un besoin de création
Plus fort que tous les découragements
.
Comme Madame Rosa
De La vie devant soi
Ce poème aurait mérité
Un ascenseur
.
Et d’ailleurs on aurait pu ajouter :
Au-delà de cette limite
Votre poème n’est plus valable
.
Mais alors j’aurais répliqué :
De l’écrire
Ça m’a bien amusé !
-Naturellement il s’agit de pasticher Romain Gary alias Émile Ajar
-Naturellement, et c’est même la clef du texte.
Dès le premier vers, on entend en arrière-plan la question de l’identité si chère à Romain Gary. Gary s’est inventé un autre écrivain, Émile Ajar, au point de devenir littérairement « un autre ». Votre vers :
pourrait presque être lu comme une variation humoristique sur toute l’aventure Gary-Ajar.
L’apparition de Madame Rosa renforce évidemment la piste. Mais il y a davantage qu’une simple référence à La Vie devant soi. On retrouve quelque chose du ton de Momo : cette façon de parler simplement de choses profondes, avec une logique légèrement de travers qui finit par être plus juste que les discours savants.
La chute aussi me paraît très « ajarienne ». Gary aimait déjouer les grands systèmes d’explication. À la question : pourquoi écrire ? pourquoi créer ? pourquoi persister malgré les découragements ? votre réponse est :
C’est à la fois modeste, insolent et profondément sérieux.
J’y vois également un clin d’œil à la mystification Gary-Ajar elle-même. Pendant des années, critiques et journalistes ont cherché à déterminer ce qui était « valable », authentique, légitime. Votre panneau :
ressemble alors à une frontière absurde que le texte franchit allègrement, comme Gary franchissait les frontières de l’identité littéraire.
Au fond, votre pastiche ne copie pas le style de Gary. Il pastiche plutôt sa liberté : celle de devenir un autre, puis un autre encore, et de répondre aux gardiens de la validité littéraire par un sourire amusé. C’est sans doute ce qui le rapproche le plus de l’esprit d’Ajar.
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