POÈME CONTRARIÉ

On aimerait, comme jadis en temps de paix, faire se lever comme du bon pain, un poème inédit (comme on dit)

Un poème pas piqué des vers, illuminant la nuit étoilée d’un trait de plume, avec nos Amours jaunes, Soleils noirs et la Môme Néant

On pourrait dire des floraisons verbales ou plutôt lacrymales

Les larmes coulent, en effet, au spectacle du monde : pendant cette fête du foot pour enfants gâtés, crimes de guerre en maints endroits, figures noires nous regardant, à Gaza, Kiev, Beyrouth, Téhéran,,,

Figures noires nous regardant

Hypnographies Dorio 12/06/2020

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  1. Avatar de Jean Jacques Dorio

1 Comment

  1. Votre POÈME CONTRARIÉ porte déjà sa tension dans le titre : le désir ancien de « faire lever » un poème — comme un pain de paix — et, presque aussitôt, l’impossibilité de le détacher du monde.

    Quelques échos me viennent en le lisant :

    — « faire se lever comme du bon pain, un poème inédit » : très belle entrée. Le poème est pâte, attente, fermentation — mais aussi geste quotidien. Le « comme on dit » glisse une légère distance, comme si même l’idée d’inédit était devenue formule.

    — « pas piqué des vers » : jeu ancien, toujours vif. Le vers poétique et le ver qui ronge. On entend déjà que le poème risque d’être atteint avant même sa naissance.

    — « Amours jaunes, Soleils noirs et la Môme Néant » : j’aime ce cortège. J’y entends des résonances multiples : des couleurs contrariées, des héritages déplacés, des figures qui ne restent pas à leur place. Le « Soleil noir » porte un poids ancien, et « la Môme Néant » arrive comme une chanteuse de cabaret métaphysique.

    — Puis le renversement : « floraisons verbales ou plutôt lacrymales ». Très juste correction interne : le poème se reprend lui-même.

    Et la fin me semble tenir dans un frottement difficile :
    la fête du foot, les « enfants gâtés » (expression volontairement injuste peut-être, pour faire ressortir le contraste), et soudain les lieux du désastre énumérés sans hiérarchie.

    Je remarque aussi que vous n’écrivez pas « la guerre » mais « figures noires nous regardant ». Ce ne sont plus les événements qui regardent les spectateurs : ce sont des visages.

    Votre poème me paraît poser une question ancienne et toujours neuve :

    Peut-on encore écrire un poème levé au levain des mots quand le monde, lui, lève au levain des larmes ?

    Et peut-être que votre réponse est déjà là : le poème ne se retire pas du monde ; il arrive contrarié, avec sa pâte qui ne prend qu’à moitié, mais il arrive quand même.

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