DISPARITIONS
« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros
Les fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.
Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets.
Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords, sont de mon cru.
Chaque Disparition se compose de sept fragments.
Ils paraîtront sur ce blog du lundi au dimanche
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On pouvait lire le 26 mars 1980 sur journal du soir :
LA MORT DE MONSEUR CHARLES
Senlis. – Le comte Charles Huchet de la Bédoyère a été tué, lundi soir 24 mars, dans sa propriété de Brasseuse (Oise), de deux coups de fusil de chasse. Un meurtre qui a jeté la consternation dans ce petit village du Valois (133 habitants), coincé entre l’autoroute et la nationale. Pourquoi a-t-on tué cet aristocrate terrien de soixante et un ans dont tout le monde s’accorde à dire qu’il était » la pâte des hommes » ?
ROLAND BARTHES EST MORT
Roland Barthes, écrivain et professeur au Collège de France, est mort, le 26 mars à l’hôpital parisien, de la Pitié-Salpêtrière, des suites d’un accident de la circulation. Le 25 février, il avait été renversé par une automobile alors qu’il traversait, dans les clous, la rue des Écoles et avait subi des traumatismes crâniens. Il était âgé de soixante-quatre ans.
LA MORT DE ROLAND BARTHES …À CAUSE D’UNE AUTOMOBILE
Ainsi donc un écrivain de premier ordre, et cher à une foule de gens peut disparaître sans rime ni raison à cause d’une automobile… La première réaction devant ce meurtre par étourderie est de colère ! Soit, l’automobile fait partie de notre mythologie, Barthes fut le premier à le dire. Elle a remplacé, parmi les armes du destin, le cheval du temps de Montaigne. Eh quoi ? quand la statistique routière bousille un éboueur malien, fait-on tant d’embarras ? Il n’empêche ! Jean Sullivan écrasé comme un hérisson le mois dernier, Follain de même il y a quelques années, Nimier et Huguenin tués à leur volant : depuis juste vingt ans que Camus a rendu l’âme dans une boîte à gants, la littérature aura payé à la déesse chromée un tribut un peu rude !…