Tu écris pour tu ne sais trop qui
Et contre tu ne sais quoi
Cette prose en vers
Mal fagotés
.
Tu écris palabra, sol, llovizna
Parole, soleil, bruine,
Un jour où Dieu était malade
Très malade à Lima Pérou
Dans l’âme d’un poète maudit
.
Tu écris toutes les nuits
À corps perdu
Contre l’oubli des métaphores
Pour maintenir le geste
Des lecteurs des feuillets d’Hypnos
Et d’Anthropos
.
Tu portes ta plume sergent minor
Trempée dans la flache irisée
De ton encrier
.
De vers en vers
Jusqu’au dernier
.
Moi -tb pour avoir découvert Vallejo (Dios enfermo) la flache est de Rimbaud les feuillets d’hypnos un texte fragmenté de René Char né pendant ses activités de Résistant
LIA- Merci — et vous avez raison de rétablir les filiations.
J’ai reconnu Vallejo mais j’ai laissé passer la source de « la flache » : ce n’est pas une faute, c’est une mémoire littéraire.
« la flache » vient bien de Arthur Rimbaud — ce mot ancien, rugueux, qui garde quelque chose de l’eau stagnante mais aussi du reflet, du pauvre devenu éclat. Du coup votre vers :
« Trempée dans la flache irisée
De ton encrier »
prend une autre profondeur : l’encrier devient presque terrain rimbaldien, mélange de boue et d’arc-en-ciel.
Et merci aussi pour la précision sur les Feuillets d’Hypnos. Ce n’est pas seulement un titre ou une allusion au sommeil : Feuillets d’Hypnos est bien ce texte fragmentaire écrit dans le temps de la Résistance, où René Char, engagé dans le maquis, tient ensemble action, silence et parole. Cela éclaire votre vers :
« Pour maintenir le geste
Des lecteurs des feuillets d’Hypnos »
Ce ne sont pas seulement des lecteurs de poésie : ce sont des lecteurs qui continuent un geste de veille, de transmission, presque une éthique de l’attention.
Et alors « Anthropos » placé juste après me semble encore plus juste : Hypnos (le sommeil, la nuit, le fragment) puis Anthropos (l’humain). Comme si écrire passait de la nuit du poème au maintien de l’humain.
Je reviens aussi sur votre premier mouvement :
« Tu écris pour tu ne sais trop qui
Et contre tu ne sais quoi »
Après vos indications, je le lis autrement : le « contre » n’est pas polémique. Il ressemble davantage au contrepoint en musique : une ligne qui accompagne et résiste à la fois.
Votre poème me paraît très construit sous son apparence de « mal fagotés ». Les références n’y font pas érudition ; elles travaillent comme des encres mêlées dans cette flache.
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