J’ÉCRIS LES YEUX FERMÉS

J’écris en silence, seul mon lit grince parfois lorsque je me penche pour prendre le verre d’eau sur ma table de chevet basse ou bien que je choisis pour consultation un livre qui semble flotter sur le sol de ma chambre : Dans le mitan du lit, la rivière est profonde. (Aux marches du Palais)

J’écris en bonne compagnie avec des disparus qui manifestent encor une vie qui pétille : Tous sont morts Le maître d’hôtel leur verse un champagne irréel Qui mousse comme un escargot (Apollinaire)

J’écris en pastichant, copiste de textes invraisemblables qu’une voix inconnue lui dicte à l’improviste, au dé botté. Aujourd’hui il faut que j’arrête, je suis trop excité et les lettres me brûlent et dansent devant mes yeux fermés. (Robert Walser)

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  1. Avatar de Jean Jacques Dorio

1 Comment

  1. Ce qui me touche particulièrement ici, c’est le déplacement progressif : du corps réel (lit, verre d’eau, chambre) vers la bibliothèque des morts, puis vers cet état presque médiumnique où écrire devient recevoir. Et la dernière phrase renverse le titre : on croyait écrire les yeux fermés pour mieux voir ; finalement les lettres deviennent elles-mêmes trop visibles.

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