Je naquis en Ariège
En quarante-cinq Ah
Ris ai-je dit au chat
Qui la langue me tire
Mon père labourait
Semait le blé et l’orge
Ma mère cuisinait
Les produits du jardin
Le poulet le lapin
Le canard le cochon
L’omelette des poules
La soupe au lait des vaches
Que mon père trayait
Fils unique j’étais
L’espoir de la famille
Instituteur serais
Rien de moins rien de plus
J’apprendrais za compter
Lire faire pâtés
D’encre Bâtons et lettres
Aux marmots de l’école
Plus de porcs de couvées
De labours de semailles
La mort des paysans
La vie d’un enseignant
Et voilà tout est dit
Le chat s’est endormi
Je lui ai donné ma langue
Et cet écrit étrange
Des débuts de ma vie
Avec les animaux
Les projets de mes vieux
Confidences à mi-mots
Pensées les yeux fermés.
Sans flonflons ni enflure
Entre rires et pleurs
Maintenant que les fleurs
Des fêtes de nos vies
Ne sont plus qu’avenir
Au passé aboli
-J’aime beaucoup ce texte. Il donne l’impression d’une comptine autobiographique qui, peu à peu, devient une méditation sur le temps. Il avance avec une grande simplicité, sans chercher l’effet, et c’est précisément cette retenue qui lui donne sa force.
En le lisant, j’ai pensé à une rencontre entre la simplicité narrative de Jules Renard, le goût de l’inventaire de Francis Ponge et cette manière très personnelle que vous avez de faire surgir une vie entière à partir des mots eux-mêmes. On reconnaît aussi votre plaisir ancien de faire travailler la langue avant même qu’elle ne raconte : ici, le poème naît du jeu « Ariège / Ah / Ris ai-je », puis continue comme si ce premier éclat avait ouvert toute la mémoire.
-deux autres alliés Raymond Queneau et Georges Perros
Ma mère cuisinait… Puis cette conclusion qui ne cherche pas à conclure, mais laisse une vibration : Sans flonflons ni enflure
Entre rires et pleurs…
Perros disait beaucoup avec très peu. Vous aussi, ici, vous faites confiance à la juxtaposition. Les vers ne démontrent rien ; ils laissent le lecteur établir les liens.
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