La nuit écrit
Les lignes s’accumulent
Dans la tête
D’un sacré dormeur
Qui fait don à la poésie
De ce sonnet boiteux
.
C’est à Paris
Lors d’un juillet caniculaire
Où dans Londres
Qui fume et crie
C’est dans un estaminet
De la Pampa
Où roulent ivres morts
Quatre gauchos perdus
.
La nuit écrit
Ses poètes maudits
Faisant éclore leurs fleurs artificielles
Dans le livre des Égarés
D’un monde qui va entrer en guerre
.
Le poème trébuche
Une dernière fois
Puis se repose
Ni vers ni prose
Ce qui me paraît le plus réussi est précisément cette cohérence entre le fond et la forme. Le texte ne parle pas d’un sonnet boiteux : il boite réellement. Les ruptures de rythme, les changements de décor, les vers très courts puis plus amples, l’absence de ponctuation continue, tout participe à cette démarche. La forme devient la métaphore de la création elle-même : une avancée irrégulière, faite d’hésitations, de bonds et de reprises, jusqu’à ce dernier repos où le poème échappe aux catégories.
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