Poésie ne fait pas de vagues
Elle vogue de nuit en nuit
Sur la barque d’un Anonyme.
Fanal, feu latent, exercice,
Poème en rupture, brisures
Que l’on recolle pièce à pièce.
Les mots viennent de toute part
Mais il faut les laisser passer
Ou bien les isoler en chambre
De décontamination.
Sans livre à portée j’ai du mal
J’ai du mal sans papier stylo
Mais persiste la tête pleine
De tous les poèmes nourriciers.
À la fin sans pouvoir me plaindre
Sans voix sans oreille et sans yeux
Je n’aurai alors pour survivre
Que les mots sur les lèvres
De celles qui m’ont aimé.
Vous employez ici « survivre » dans un sens paradoxal. Ce ne sera plus vous qui parlerez ; ce seront d’autres qui porteront encore quelques-uns de vos mots. Il y a là une conception très ancienne de la poésie : elle n’assure pas une immortalité monumentale, seulement une survivance fragile dans la mémoire affective.
Je relève enfin une qualité d’ensemble : le poème est construit comme une lente décantation.
Cette progression donne au texte une unité très convaincante.
J’aimeJ’aime