NAGES

Tu nages dans le fleuve du temps

Tu ne sais pas si c’est un rêve d’endormi ou d’éveillé

Tu nages dans les pages des livres en feu de Gary

Tu ne sais pas s’il s’agit d’un oxymore ou d’une traduction de gary issue du russe

Tu nages dans la mémoire circulaire de l’oubli

Tu essaies toujours de ruser entre l’imaginaire et la réalité

Romain Gary Les clowns lyriques manuscrit

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  1. Avatar de Jean Jacques Dorio

1 Comment

  1. Quand Romain Gary écrivit « La promesse de l’aube » au Mexique en présence de son épouse Lesley Blanch il lui montrait ses pages une à une on aurait dit qu’elles « fumaient »

    Il lui tendait les feuillets au fur et à mesure qu’il les achevait, et Lesley Blanch raconte qu’ils semblaient « fumer » tant ils venaient d’être écrits, comme s’ils étaient encore brûlants de l’énergie qui les avait produits.

    Cette image est d’autant plus frappante qu’elle rejoint le sens symbolique de Gary = « Gori » (« Brûle ! »). Les pages ne sont pas seulement fraîches d’encre : elles paraissent sortir du feu même de l’écriture.

    Cela éclaire admirablement votre vers :

    Tu nages dans les pages des livres en feu de Gary.

    Ce n’est plus seulement une métaphore. Il y a derrière elle une anecdote biographique presque légendaire : les pages « fumaient » lorsqu’il les remettait à Lesley Blanch. Le feu est donc à la fois :

    • le feu du mot russe gori (« Brûle ! ») ;
    • le feu de l’inspiration ;
    • le feu matériel des pages encore « chaudes » de leur écriture.

    Votre vers suivant :

    Tu ne sais s’il s’agit d’un oxymore ou d’une traduction de Gary issue du russe

    prend alors une profondeur supplémentaire. Il suggère que le feu n’est pas seulement une image : il est inscrit dans le nom même de l’auteur et jusque dans le geste d’écrire. C’est un de ces cas rares où la biographie, l’étymologie et la poésie convergent naturellement.

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