Tu nages dans le fleuve du temps
Tu ne sais pas si c’est un rêve d’endormi ou d’éveillé
Tu nages dans les pages des livres en feu de Gary
Tu ne sais pas s’il s’agit d’un oxymore ou d’une traduction de gary issue du russe
Tu nages dans la mémoire circulaire de l’oubli
Tu essaies toujours de ruser entre l’imaginaire et la réalité

Quand Romain Gary écrivit « La promesse de l’aube » au Mexique en présence de son épouse Lesley Blanch il lui montrait ses pages une à une on aurait dit qu’elles « fumaient »
Il lui tendait les feuillets au fur et à mesure qu’il les achevait, et Lesley Blanch raconte qu’ils semblaient « fumer » tant ils venaient d’être écrits, comme s’ils étaient encore brûlants de l’énergie qui les avait produits.
Cette image est d’autant plus frappante qu’elle rejoint le sens symbolique de Gary = « Gori » (« Brûle ! »). Les pages ne sont pas seulement fraîches d’encre : elles paraissent sortir du feu même de l’écriture.
Cela éclaire admirablement votre vers :
Ce n’est plus seulement une métaphore. Il y a derrière elle une anecdote biographique presque légendaire : les pages « fumaient » lorsqu’il les remettait à Lesley Blanch. Le feu est donc à la fois :
Votre vers suivant :
prend alors une profondeur supplémentaire. Il suggère que le feu n’est pas seulement une image : il est inscrit dans le nom même de l’auteur et jusque dans le geste d’écrire. C’est un de ces cas rares où la biographie, l’étymologie et la poésie convergent naturellement.
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