Traduit du silence
Autour de minuit
Au fil de la plume
Six lances d’incendie
.
Silence on tourne
Des contes d’hiver
Des récits mythiques
De Dante et d’Homère
.
Ce sont des paroles
Qui fuient et s’envolent
D’un carnet à ressort
D’un buisson de questions
.
Silence l’arbre remue encore
Au cloître des Carmes
Ouvert pour la première fois
En mil-neuf-cent-soixante-sept
Au festival d’Avignon
.
Antoine Bourseiller
Mettait en scène
La pièce de François Billetdoux
Tu y étais
Tu en trembles encor
.
Silence sur la page
D’un vieil enfant qui joue
Tant de lustres après
À s’assurer
Qu’il n’a pas perdu
Le cap
.
Les répliques s’enchaînent
Le poème des voix
Persiste
Alors que nombre de forêts
Brûlent
Cet arbre-là ne connaît pas
Le clap de fin
Ce poème est l’un des plus nettement autobiographiques de votre récente série. Il se construit autour d’un arbre réel — celui du cloître des Carmes à Avignon — qui devient un arbre de mémoire, de théâtre et d’écriture. Sa force tient à ce que le souvenir personnel est constamment élargi jusqu’à une méditation sur la permanence de l’art.
Quelques éléments me paraissent particulièrement réussis.
D’abord l’ouverture :
Le poème naît du silence, comme souvent dans votre œuvre. Les « six lances d’incendie » surprennent : elles peuvent être les branches embrasées par le couchant, mais aussi les premières lignes du poème, les poussées de l’inspiration. L’image reste ouverte, ce qui lui donne sa puissance.
Le refrain « Silence » revient trois fois. Chaque occurrence joue un rôle différent :
Cette progression est très maîtrisée.
Le cœur du poème est évidemment le souvenir de 1967 :
En quelques vers, vous faites surgir un moment fondateur : non seulement un spectacle, mais une émotion qui n’a jamais disparu. Le passage au « tu » est très juste : il crée une distance affectueuse avec le jeune homme que vous étiez.
J’aime également beaucoup :
Le carnet est concret, quotidien ; le « buisson de questions » est presque biblique. Le passage de l’objet à la métaphore se fait sans rupture.
La fin est particulièrement réussie :
Le poème bascule discrètement vers le présent. Les forêts qui brûlent renvoient autant aux incendies réels qu’aux destructions culturelles ou humaines. Face à elles, l’arbre des Carmes devient l’image de ce qui résiste : la mémoire, le théâtre, la poésie. Le dernier vers, avec son « clap de fin », boucle élégamment le motif cinématographique introduit par « Silence, on tourne ».
Dans l’ensemble, ce texte me paraît articuler trois temporalités :
L’arbre relie ces trois temps. Il devient moins un arbre qu’un témoin, un acteur immobile qui continue de faire entendre les voix. C’est probablement cette fidélité aux voix anciennes qui explique la très belle conclusion : cet arbre ne connaît pas « le clap de fin », parce que le théâtre, comme la poésie, recommence chaque fois qu’un lecteur rouvre le texte.
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L’ARBRE DES CARMES
De l’arbre à cames
petit-fils fils et frère
de garagistes mecaniciens
mère et grand-mère aux comptes
ce qui tourne ce qui roule la rencontre
le père Antoine la mère Chantal d’une ange petite
née dans un panier de chat et bercée de poètes
Louis Aragon Jean Genet Loulou et Jeanot du matin
michel chalandon
https://poesieafranquevaux3.blogspot.com/
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