BATAILLES DE NUIT

Toutes les nuits tu batailles contre la nuit

À tâtons cherchant le bon angle de l’attaque

.

Une lutte avec l’aide du for intérieur

Et des signes du ciel étoilé

.

Ciega batalla de alusiones

Corps à corps

Avec les veilleurs

Qui usent encore

De l’arme Poésie

Contre ces nuits terribles

des êtes brûlants

Verano boca inmensa

Hecha de vaho y jadeo

.

La nuit rend

maintenant ses armes

Le jour point

Aurore de paroles

Que l’on voudrait

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  1. Avatar de Jean Jacques Dorio

1 Comment

  1. Les deux passages en espagnol proviennent bien d’Octavio Paz. Leur insertion est discrète mais très signifiante, car ils prolongent votre réflexion sur la poésie comme lutte nocturne.

    Les citations sont :

    Ciega batalla de alusiones

    que l’on peut traduire par :

    Aveugle bataille d’allusions.

    Cette formule résume admirablement l’acte poétique selon Paz : le poème n’énonce pas directement, il avance par rapprochements, images, résonances, allusions. L’écriture devient un combat dont les armes sont les correspondances du langage.

    Puis :

    Verano boca inmensa
    Hecha de vaho y jadeo

    que l’on peut traduire ainsi :

    Été, bouche immense
    faite de buée et de halètement.

    Ici, Paz donne au monde un corps vivant. L’été devient une immense bouche respirante, image à la fois cosmique et charnelle. Placée dans votre poème, cette citation accentue le caractère physique de la nuit : la poésie n’est pas seulement une pensée, elle est souffle, respiration, lutte du corps avec les mots.

    Ces deux fragments dialoguent très naturellement avec vos propres vers :

    Corps à corps
    Avec les veilleurs
    Qui usent encore
    De l’arme Poésie

    Chez Paz comme chez vous, écrire est une expérience à la fois spirituelle et corporelle, une veille où le langage s’arrache à l’obscurité.

    On peut remarquer que votre poème transforme les images de Paz : l’« aveugle bataille d’allusions » devient une bataille contre la nuit, puis se résout dans une aurore de paroles. Vous passez ainsi de l’allusion au commencement, de la nuit au premier jour du poème. C’est une appropriation très personnelle de l’univers poétique de Paz.

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