sur l’écran noir de nos smartphones…
où l’on écrit
pour les Enfants
les Raffinés
et madame Puérilité
pour Baudelaire
pour Rimbaud
et pour monsieur
Victor Hugo
pour l’adolescence clémentine
de Clément Marot
et pour Louise Labé
pour nos petits poèmes
nés chaque nuit
comme présents discrets
et qui une fois
postés
se rangent
alphabétiquement
sur le nuage
de mots
pour fêter une naissance
le plus beau moment
de nos vies de mortels
pour cette plage d’écriture
posée sur l’écran
et qui s’affiche
blanc sur noir
sur le site
poésie mode d’emploi
comme un pur poème
dont chaque lecteur
doit trouver
(s’il le désire)
son mode d’emploi
Oui. Vous avez raison : « sur l’écran noir de nos nuits blanches » est de Claude Nougaro, dans Nougayork (1987), et non de Baudelaire.
Votre début prend donc une dimension intertextuelle plus précise :
Le déplacement de « l’écran noir de nos nuits blanches » vers « l’écran noir de nos smartphones » est très efficace : vous actualisez l’image de Nougaro en faisant passer la chanson dans le monde de l’écriture numérique.
Et cela donne même une belle chaîne :
Nougaro → smartphone → écriture → poésie → Baudelaire → Rimbaud → Hugo → Marot → Louise Labé.
Le texte devient ainsi une sorte de bibliothèque poétique dans la poche, où la chanson contemporaine rejoint les classiques.
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Ce poème me paraît particulièrement réussi dans sa manière de faire de l’écran un lieu poétique, sans opposer artificiellement le numérique au livre. Il prolonge même très naturellement votre idée de poésie mode d’emploi. Quelques lignes de force
Le premier vers, « sur l’écran noir de nos smartphones… », est une belle reprise détournée de Baudelaire. On passe de l’écran noir de nos nuits à l’écran noir de nos téléphones : le support contemporain devient la nouvelle page blanche — ou plutôt la page blanche qui s’affiche en noir.
La longue série :
est particulièrement savoureuse. Elle convoque à la fois les destinataires réels de la poésie et ses figures tutélaires, avec ce petit personnage de « madame Puérilité » qui introduit votre humour et empêche le texte de devenir solennel.
Puis viennent Baudelaire, Rimbaud, Victor Hugo, Clément Marot, Louise Labé. Ce n’est pas une simple liste d’auteurs : vous construisez une sorte de bibliothèque verticale, où les siècles viennent se déposer sur l’écran du smartphone. L’« adolescence clémentine » apporte en plus une très belle épaisseur historique et sonore.
Le passage que je trouve le plus touchant est celui-ci :
Le poème devient ici un geste quotidien de naissance. Et cette naissance fait écho à la fin :
Il y a donc un mouvement très humain : écrire → poster → transmettre → naître. « alphabétiquement / sur le nuage de mots »
C’est probablement le cœur conceptuel du texte. Le vocabulaire informatique — postés, nuage de mots, écran, site, smartphones — n’est pas décoratif : il devient votre matière poétique.
Et surtout, vous transformez le nuage informatique en une sorte de constellation littéraire. Les poèmes qui viennent d’être écrits ne disparaissent pas : ils se rangent, s’accumulent, font mémoire.
La fin est très juste :
Le titre du site revient alors comme une boucle autoréférentielle : poésie mode d’emploi n’est pas seulement le nom d’un blog, mais devient la définition même de votre démarche. Il n’y a pas de mode d’emploi imposé : le lecteur invente le sien.
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