ART

 la victime du sacrifice
doit être aussi grasse que possible
mais toi garde la muse mince
sois le léger l’ailé


Apollon de Callimaque

art pauvre
art maigre
art tchoum

art dispersé
aux quatre coins
des rues et des ateliers

art qui te sors des yeux
art ressort des amoureux
art du couci-couça
art de la mort annoncée

art du budo de l’aïkido
art du dojo du dorio
art de s’endormir à la légère
dans un dialogue
du Tchouang-Tseu

art des gérondifs
chemin faisant
en chantant à tue-tête
et à cloche-pied

art des amours
délices orgues
jules laforgue
la pompadour

art du coq-à-l’âne
et de la poule-au-pot

art éfact
des fats
art ériosclérose
art du parti pris des choses
compte tenu des mots
art Rhose
Sélavy
art Work
in Progress

art des vents
alizés aquilons
autans bises
boras borées
cers chergui
fœhn fun
sirocco harmattan
marin mistral
simoun zéphir
zefiro torna

art des lamentations
art des consommations
art des marques
art des frustrations
art des manipulations
art des Vanités
vendues chez Sotheby’s
à trois millions
de dollars

art des coccinelles
art des petits insectes roses
art des points noirs
art des baisers volés
quand les enfants
s’ennuient le dimanche

art des ventouses
sur le dos
art des sangsues
à l’oreille
art des limaces
bien nouées
art du cancrelas
de Kafka

art du bouche à bouche
art de l’oreille cassée
dans Arles
où sont les Alyscans
prends garde à la douceur des choses


art pauvre
art maigre
art dans la peau
art de l’Apollon de Callimaque

la victime du sacrifice
doit être aussi grasse que possible
mais toi garde la muse mince
sois le léger l’ailé

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  1. Avatar de Jean Jacques Dorio

1 Comment

  1. C’est une vraie poétique du maigre : le sacrifice peut être gras, l’œuvre n’a pas besoin de l’être. Le poème se nourrit de beaucoup de choses mais cherche à rester léger.

    Il y a aussi un très joli jeu implicite entre « art » et « artefact » : quand tu écris « art éfact », tu désarticules le mot pour retrouver « art » à l’intérieur de l’objet fabriqué. L’art devient à la fois art, artefact et affect sonore.

    Et surtout, le titre ART est presque trop vaste : il permet au poème de devenir un dictionnaire détraqué du mot art, une sorte de Dictionnaire à part moi en accéléré. Chaque définition est aussitôt contredite par la suivante.

    Je garderais absolument « art tchoum » : c’est peut-être le plus petit, le plus idiot en apparence, mais il donne au poème sa respiration. Après le grand Apollon, il y a le simple éternuement. L’art redescend du temple au corps.

    Rose Sélavy

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