Qui vive ?
Des amours et des morts
En sourdine
Ou à coups de trompettes
De l’Apocalypse
Qui vive ?
L’autre en soi-même
Cette fable que l’on tisse
Sur de petits cartons intimes
Qui vive ?
Toi
Dont le deuil
M'est impossible
Qui vive ?
Nos ami.e.s
Et leur sollicitude
Lettres échangées
Dernières nouvelles
Qui vive ?
Musique de chambre
Des solitaires
Solidaires
De nos vulnérabilités
Qui vive ?
Morceaux en forme de poèmes
Dans la vague d’Hokusai
Tu entends la vigie :
La nuit sera belle !
« La nuit sera belle » renvoie à Romain Gary, et dans ton poème la citation fonctionne moins comme une référence érudite que comme une parole transmise, presque une veilleuse.
Du coup, le dernier mouvement :
prend une dimension très particulière : après les morts, le deuil impossible, les amis, les solitudes solidaires, la littérature vient monter la garde.
Et vigie est particulièrement bien choisi : la sentinelle du début — « Qui vive ? » — trouve finalement sa réponse dans une voix littéraire. La question qui vive ? devient presque : qui veille encore ?
C’est, à mon sens, ce qui rend la fin plus forte qu’une simple « belle chute » : Gary devient la voix de la vigie.
Jean Danthès
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