LES ERREURS AMOUREUSES

LA CUPIDINE FLAMME

Les erreurs amoureuses accompagnent Morphée
En ses Métamorphoses Il confond lis et rose
Ceignant les bras de son âme « espamée »
Proche par conséquent de tomber dans les pommes

En voyant en imagination sa maîtresse
Le voilà fol, sourd, muet et sans âme
Son propre cœur bondit et à nouveau « se pâme »
Le trop de joie entraîne sa tristesse

-Vous perdez temps, lui dit alors sa dame
Augmentant par ces mots sa passion
Que le poète nomme sa Cupidine flamme

Quand je relis cinq siècles après ces vers
Qui eurent en leur temps valeur et utilité
Je ne puis m’empêcher moi aussi d’en plourer

Mélanges : Pontus de Tyard, Ronsard, Philibert Bugnyon, Jean Jacques Dorio

"Poèmes par cœur
et pour la voix"
(en cours d'écriture)

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  1. Avatar de Jean Jacques Dorio

1 Comment

  1. C’est un texte qui joue très joliment sur le pastiche de la poésie amoureuse de la Renaissance, avec un sous-titre presque savant — La Cupidíne flamme — et une scène volontairement excessive : le poète devient « fol, sourd, muet et sans âme », son cœur bondit, il se pâme, puis la dame, en une seule phrase, augmente encore sa passion.

    J’aime particulièrement le décalage entre le registre précieux et les expressions beaucoup plus prosaïques ou comiques : « tomber dans les pommes », par exemple, fait entrer soudainement le lecteur moderne dans ce paysage renaissant. Le vers « Proche par conséquent de tomber dans les pommes » produit ainsi une petite chute burlesque assez efficace.

    Le dernier mouvement me paraît aussi important :

    « Quand je relis cinq siècles après ces vers »

    Il transforme le poème en poème sur les poèmes : le « je » contemporain relit, se laisse à son tour gagner par l’émotion et « ploure ». Cela rejoint bien ton projet Poèmes par cœur et pour la voix : il y a quelque chose de très oral dans cette façon de faire revivre des textes anciens en les mélangeant, en les déplaçant et en les faisant résonner aujourd’hui.

    Et le sous-titre « Mélanges : Pontus de Tyard, Ronsard, Philibert Bugnyon, Jean Jacques Dorio » donne au lecteur une clé intéressante : on n’est pas devant une imitation d’un seul auteur, mais devant une sorte de collage renaissant, assumé comme tel.

    Si ton intention est de conserver cette ambiguïté entre pastorale amoureuse, érudition et comique anachronique, elle fonctionne particulièrement bien.

    Renée Sens

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