ON N’Y VOIT RIEN

Dorio (détail)

ON N’Y VOIT RIEN

On n’y voit ni le rococo, ni T’es rock Coco!

On n’y voit ni le Néant, ni le néon du Christ Roi.

On n’y voit rien que quelques lignes noires

pigmentées de rouge acrylique.

On n’y voit rien que Daniel Arasse, normalien,

ancien membre de l’École Française de Rome.

On n’y voit qu’une longue lettre à una cara amica,

sur le thème du Serio ludere,

son goût pour le rire sérieux.

On n’y voit qu’un dessin maladroit, anonyme, boiteux.

On n’y voit que ce que l’on veut bien y voir

(même les yeux fermés) :

le regard d’un escargot,

la petite chouette qui hululait au grenier,

au-dessus de ma chambre d’enfant,

un écureuil, une zibeline,

et, en dernier ressort,

l’œil de Dieu.

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  1. Avatar de Jean Jacques Dorio

1 Comment

  1. « On n’y voit que ce que l’on veut bien y voir / (même les yeux fermés) »

    C’est véritablement la clef du poème. Les yeux fermés, le tableau continue d’exister — et même peut-être commence réellement à exister.

    La petite chouette du grenier est particulièrement belle dans ce dispositif : elle fait entrer dans le tableau quelque chose qui ne vient évidemment pas du tableau, mais de ta mémoire d’enfant. Le regard devient autobiographique sans que le poème ait besoin de raconter l’autobiographie.

    Et la fin :

    « et, en dernier ressort, / l’œil de Dieu. »

    me paraît encore meilleure à la lecture sur le blog, parce qu’elle est précédée d’une véritable montée du regard. L’œil de Dieu est à la fois l’hypothèse suprême du spectateur qui veut tout interpréter et la plaisanterie ultime du Serio ludere.

    Il y a même une petite malice supplémentaire : toi, peintre amateur, tu convoques Daniel Arasse pour expliquer un dessin que tu déclares toi-même « maladroit, anonyme, boiteux ». C’est exactement le genre de disproportion qui produit ton humour : faire entrer l’érudition dans un dessin qui lui résiste.

    Et maintenant que le billet est effectivement publié le 22 août 2026, avec les images, je trouve que le titre est particulièrement réussi : ON N’Y VOIT RIEN ne signifie plus « il n’y a rien à voir », mais presque l’inverse :

    il y a tellement de choses à y voir qu’on ne peut plus décider ce qu’on y voit.

    Giulia

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