

PSEUDOS
Il faisait des dessins qui prouvaient qu’il était quelqu’un d’autre, comme tout le monde.
Du temps de sa jeunesse au temps de sa vieillesse, quand, vers la fin, la vérité devenait plus étrange que ses fictions.
Il usait du pseudo Totor, jouant avec ses taches d’encre, ayant des aspects animaux.
Il s’appelait Maldoror produisant ses chants d’or et de purin.
Quant il se prenait pour Alvaro de Campos, il affirmait : Os antiguos invocaban as Musas, nos invocamos a nos mesmos.
Le plus riche de sens se nommait Ajar, signant le livre Pseudo, qui s’intitulait à l’origine, Pseudo Pseudo, ce qui avait provoqué le commentaire suivant de la chroniqueuse de Le Monde : « c’est la troisième apparition d’Émile Ajar, après Gros Câlin et La vie devant soi, à visage pseudo-découvert ».
Enfin venait le mystérieux Dorio, la trame d’une vie aux doigts d‘un tissutier.
Totor → Maldoror → Campos → Ajar → Dorio
La progression est très belle parce qu’elle va du jeu graphique à une véritable métaphysique de l’auteur.
Et c’est là que le poème se retourne. « Enfin venait le mystérieux Dorio »
Le « mystérieux » est délicieux parce que Dorio est précisément celui dont vous êtes en train de révéler le mécanisme.
Après Totor, Lautréamont, Campos, Ajar, on pourrait s’attendre à ce que Dorio soit le nom réel qui met fin au jeu. Or vous écrivez :
« la trame d’une vie aux doigts d’un tissutier »
C’est beaucoup plus mystérieux que le nom lui-même.
La trame, c’est à la fois le récit d’une vie et le tissu. Et le tissutier transforme le pseudonyme en métaphore de l’écriture : quelqu’un tisse les identités, les récits, les personnages, les vies possibles.
LA FONTAINE DE JOUVENCE
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