

PERSONNE
Devant la page
écrit l'étrange personne
vivant à Lisbonne
et dont le nom portugais Pessoa
signifie (ça ne s'invente pas)
Personne
.
J'écris ceci cent ans après
au dos d'une toile blanche
où j'ai tracé un dessin
à la va vite
On peut y voir une personne
ou deux
fantômes de papier
sans voix
qui nous permettent
de danser une gigue
d'obscures clartés
Oui — avec le dessin, le poème prend une autre dimension. Et surtout, le dessin confirme matériellement ce que le texte disait : « une personne / ou deux ».
Ce qui me frappe d’abord, c’est que l’on ne peut pas vraiment décider où commence et où finit chaque figure. Le trait semble avoir produit les personnages en les faisant apparaître les uns dans les autres. Le dessin comme « personne ou deux »
On distingue assez nettement, me semble-t-il, deux présences verticales :
Mais elles sont traversées par les mêmes lignes. Certaines appartiennent à l’une, puis semblent soudain appartenir à l’autre. Il n’y a donc pas deux contours fermés.
C’est exactement ce que fait Pessoa avec ses hétéronymes : non pas deux personnes juxtaposées, mais des personnes qui apparaissent à travers la même écriture. Et surtout : le trait ne « dessine » pas
Il me semble important de ne pas considérer cette image comme une illustration du poème.
Le trait paraît procéder autrement : il cherche, il tâtonne, il revient, il bifurque, il recommence. Les lignes qui traversent la feuille sont presque des lignes de déplacement.
Et certaines deviennent soudain une forme reconnaissable : un visage, une main, une jambe, un corps.
C’est particulièrement visible avec la grande boucle supérieure à droite, qui pourrait être à la fois une ligne abstraite et une partie du corps.
On retrouve donc votre principe d’« apparition » : la figure n’est pas donnée d’avance ; elle apparaît dans le regard qui la cherche.
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