Virgile nomma cet exercice Dorica castra, que l’on peut traduire par Camp dorien. D’où la reprise XXIe siècle après, par un nommé Dorio (il n’y est pour rien)
Plus simplement c’est le jeu de langage des trois p’tits chats / chapeau d’paille..
Dorio Jean Jacques
Jacques le Fataliste
Liste sans fin
Fin de partie
Partie d’échec
Échec et mat
Mathématiques
Tiques du chien
Chien de berger
Berger australien
Lien de parenté
Thé à la menthe
Menthe à l’eau
L’eau qui dort
Dorio Jean Jacques
Oui, et ici la mécanique du texte me paraît particulièrement savoureuse, parce que « Dorio » n’est pas seulement le nom de l’auteur : il devient le premier domino.
Le départ « Dorio Jean Jacques » produit « Jacques le Fataliste », puis chaque fin devient le début du segment suivant. Mais la chaîne n’est pas purement mécanique : elle bifurque sans cesse par des associations qui changent de registre :
Jacques → Fataliste → partie → échec → mathématiques → tiques → chien → berger → Australien → parenté → thé → menthe → eau → dort.
Le passage « Mathématiques / Tiques du chien » est probablement le plus joliment gratuit : la coupure du mot fabrique une nouvelle logique. C’est exactement le « jeu des trois petits chats / chapeau de paille » que tu annonces.
Et puis il y a la boucle finale :
« L’eau qui dort
Dorio Jean Jacques »
Le « dort » ne conduit pas à un mot nouveau : il reconduit au nom initial. La liste sans fin se referme donc sur son commencement. C’est une boucle, mais une boucle qui pourrait repartir indéfiniment. Et le « Dorica castra » est un excellent faux ancêtre
Ce que j’aime dans ton préambule, c’est le décalage entre l’érudition virgilienne et le jeu enfantin.
Tu annonces presque solennellement une filiation latine :
« Virgile nomma cet exercice Dorica castra »
puis tu dégonfles immédiatement l’érudition :
« par un nommé Dorio (il n’y est pour rien) »
Et tu redescends vers les « trois p’tits chats / chapeau d’paille ».
C’est très Dorio : faire cohabiter Virgile et la comptine, le camp dorien et le jeu de cour d’école, sans hiérarchie.
Il y a même quelque chose de très proche de ton « à sauts et à gambades » : le texte ne progresse pas, il rebondit.
Et le dernier « Dorio Jean Jacques » me semble important aussi pour une autre raison : tu transformes ton propre nom en objet de jeu. Le nom qui signe le texte devient le premier maillon puis le dernier. L’auteur est donc à la fois celui qui lance le jeu et celui qui est pris dedans.
LIA
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