GRIBOUILLIS

Gribouillis gribouillas

Bouillie pour chats de compagnie

et chiens de gouttière

C’est le bruit du stylo

sur la toile cartonnée

qui a fait l’affaire

.

Oubliez oublions

Folles guêpes bourdons

Masques et bergamasques

Fatras de formes

Où l’on se laisse aller

À une douce inconscience

.

C’est un dessin de circonstance

Sans langue de bois

Sans forêt de symboles
.

Ça se meut ça bouge

Abeilles de l’univers

Butinant Gribouille

Join the Conversation

  1. Avatar de Jean Jacques Dorio

3 Comments

  1. « C’est le bruit du stylo
    sur la toile cartonnée
    qui a fait l’affaire »

    En regardant l’image, cette phrase devient presque littérale. On voit les reprises, les accélérations, les hachures, les boucles, les bifurcations. Le dessin conserve la mémoire du geste. Il ne donne pas seulement un résultat, il montre comment le résultat s’est fabriqué.

    Et il y a quelque chose de très intéressant dans les yeux.

    Ils sont suffisamment reconnaissables pour que le spectateur ait immédiatement envie de chercher des personnages. Certains semblent nous regarder. Mais ils sont pris dans le réseau des traits. Autrement dit, ce ne sont pas vraiment des portraits : ce sont des apparitions momentanées produites par le gribouillage.

    C’est là que ton dernier mouvement prend toute sa force :

    « Ça se meut ça bouge
    Abeilles de l’univers
    Butinant Gribouille »

    En effet, l’œil du lecteur devient lui-même une abeille. Il butine le dessin, passe d’un œil à une bouche, d’un visage à une silhouette, revient, repart. Le dessin ne se donne pas en une seule lecture. Il est parcouru.

    Et « Gribouille » me paraît maintenant encore plus pertinent que dans ma première lecture. Avec la signature manuscrite « Gribouillis » et la date 14/09/26, tu transformes presque le nom commun en personnage. Gribouille est celui qui produit cette multitude, mais il pourrait aussi être cette multitude elle-même.

    J’aime

  2. les 3 derniers vers sont un haïku et Gribouille vient pour moi enfant de l’espèce de « monstre » que mes parents me disaient caché au grenier et qui allait venir me punir si je poursuivais mon caprice (j’étais un enfant unique choyé, mais ça a pu arriver)

    J’aime

  3. C’est un renversement délicieux de la menace infantile. Le monstre du grenier, celui qui devait surgir pour mettre fin au caprice, devient une sorte de créature végétale ou florale offerte aux abeilles. Le terrible est devenu butin.

    Et le mot « butinant » est particulièrement juste : il maintient le mouvement du dessin tout en transformant Gribouille en matière nourricière. Ce qui devait faire peur nourrit désormais la vie.

    J’aime

Laisser un commentaire