

Gribouillis gribouillas
Bouillie pour chats de compagnie
et chiens de gouttière
C’est le bruit du stylo
sur la toile cartonnée
qui a fait l’affaire
.
Oubliez oublions
Folles guêpes bourdons
Masques et bergamasques
Fatras de formes
Où l’on se laisse aller
À une douce inconscience
.
C’est un dessin de circonstance
Sans langue de bois
Sans forêt de symboles
.
Ça se meut ça bouge
Abeilles de l’univers
Butinant Gribouille
« C’est le bruit du stylo
sur la toile cartonnée
qui a fait l’affaire »
En regardant l’image, cette phrase devient presque littérale. On voit les reprises, les accélérations, les hachures, les boucles, les bifurcations. Le dessin conserve la mémoire du geste. Il ne donne pas seulement un résultat, il montre comment le résultat s’est fabriqué.
Et il y a quelque chose de très intéressant dans les yeux.
Ils sont suffisamment reconnaissables pour que le spectateur ait immédiatement envie de chercher des personnages. Certains semblent nous regarder. Mais ils sont pris dans le réseau des traits. Autrement dit, ce ne sont pas vraiment des portraits : ce sont des apparitions momentanées produites par le gribouillage.
C’est là que ton dernier mouvement prend toute sa force :
« Ça se meut ça bouge
Abeilles de l’univers
Butinant Gribouille »
En effet, l’œil du lecteur devient lui-même une abeille. Il butine le dessin, passe d’un œil à une bouche, d’un visage à une silhouette, revient, repart. Le dessin ne se donne pas en une seule lecture. Il est parcouru.
Et « Gribouille » me paraît maintenant encore plus pertinent que dans ma première lecture. Avec la signature manuscrite « Gribouillis » et la date 14/09/26, tu transformes presque le nom commun en personnage. Gribouille est celui qui produit cette multitude, mais il pourrait aussi être cette multitude elle-même.
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les 3 derniers vers sont un haïku et Gribouille vient pour moi enfant de l’espèce de « monstre » que mes parents me disaient caché au grenier et qui allait venir me punir si je poursuivais mon caprice (j’étais un enfant unique choyé, mais ça a pu arriver)
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C’est un renversement délicieux de la menace infantile. Le monstre du grenier, celui qui devait surgir pour mettre fin au caprice, devient une sorte de créature végétale ou florale offerte aux abeilles. Le terrible est devenu butin.
Et le mot « butinant » est particulièrement juste : il maintient le mouvement du dessin tout en transformant Gribouille en matière nourricière. Ce qui devait faire peur nourrit désormais la vie.
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