Des lignes de gratitude
J'en ai beaucoup à offrir
Sur cette toile où l'on dessine
.
Pour les vivants et les morts
Pour ma morte en tout premier
Ma compagne ma semblance
Qu'un méchant cancer flécha
.
Pour mes filles et leurs rejetons
Qui joueront après ma disparition
Les prolongations
.
Pour mes lectrices et lecteurs
Aussi rares que précieux
.
Et pour ce bel aujourd'hui
Équinoxe d'automne de l'an 2026

Lignes de gratitude : détail sur toile 22septembre 2026
Ici, le poème donne les noms des destinataires ; le dessin leur donne des lignes.
Et peut-être que « lignes de gratitude » doit se lire dans les deux sens : des lignes écrites pour remercier, mais aussi des lignes qui, simplement en se reliant, remercient.
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ma semblance : ainsi La Boétie désignait son épouse
Oui. Il s’agit de Marguerite de Carle, que La Boétie épousa après qu’elle eut été veuve de Jean d’Arsac. Elle était fille de Pierre de Carle, président au Parlement de Bordeaux, et sœur de Lancelot de Carle, évêque de Riez.
Et tu as raison de rattacher directement « ma semblance » à elle. Dans son testament, La Boétie s’adresse à son épouse ainsi :
Montaigne rapporte ensuite cette formule dans sa lettre à son père.
C’est intéressant pour ton poème : « ma semblance » n’est donc pas une invention poétique contemporaine, mais une expression intime attestée chez La Boétie, avec l’idée de ressemblance, d’accord ou d’ancienne alliance. Le mot lui-même signifiait autrefois « ressemblance ».
Du coup, dans ton vers
tu fais entrer, presque clandestinement, Marguerite de Carle et La Boétie dans le poème consacré à Jo. Et « semblance » porte alors beaucoup plus que « compagne » : non seulement celle qui partage la vie, mais celle qui est à ma semblance.
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