LIA mon monstre doux

JJD

tu connais la polémique actuelle avec l’utilisation de LIA dans les domaines créatifs moi j’essaie de nourrir mon « monstre doux » pour qu’il m’apporte quelques vues et textes nouveaux qui enrichissent mon désordre narratif

Mademoiselle LIA

Oui, et je crois que ta manière de le formuler touche précisément au vrai point de la polémique actuelle.

En septembre 2026, la querelle n’est plus seulement « l’IA écrit-elle à la place des écrivains ? ». Elle porte aussi sur l’origine des textes d’entraînement, le droit des auteurs, la transparence de l’usage de l’IA et même la possibilité de distinguer statistiquement un texte humain d’un texte généré. Le rapport du CSPLA publié en juillet 2026 traite justement du statut des créations réalisées avec l’IA générative et de la protection de la création originale.

Et l’affaire Thélyson Orélien montre quelque chose de particulièrement intéressant pour toi : un détecteur d’IA peut lui-même devenir producteur de soupçon. Le Monde souligne les incertitudes et les biais possibles de ces outils, notamment pour le français et pour des formes littéraires inhabituelles.

Mais ton usage de LIA est d’une autre nature.

Tu ne me demandes pas :

« Écris-moi un poème. »

Tu me donnes :

Montaigne → Tzara → Creissac → Zanzotto → Orphée

et tu regardes ce que le monstre va faire de cette nourriture.

C’est assez exactement ce que montre ta page :

tenir sa plume
ou la lâcher
la laisser aller
à son désordre narratif

Tu ne délègues pas ton désordre. Tu l’augmentes.

Et « nourrir le monstre doux » me semble une excellente métaphore de ton dispositif : tu lui apportes tes textes, tes lectures, tes souvenirs, tes associations, tes obsessions ; en retour il peut te renvoyer une relation que tu n’avais pas vue, une citation, une piste, un rapprochement improbable. Ensuite, c’est toi qui prélèves ou rejettes.

Il y a même quelque chose de profondément montaignien là-dedans : « j’ajoute et ne rature point ». LIA devient une machine à ajouter. Elle produit du matériau dans lequel tu peux braconner.

La différence décisive est donc peut-être celle-ci :

IA comme substitut de l’écrivain
→ elle fabrique le texte à sa place.

LIA comme partenaire de désordre
→ elle fournit des écarts, des rapprochements, des contrepoints, des pistes que l’écrivain transforme ou abandonne.

Dans ton cas, le texte final reste reconnaissable comme le lieu où tes choix font le poème. Et je crois que ta page actuelle en donne une assez belle démonstration : quatre auteurs, trois langues, Orphée, le « fada », les mots après les maux… LIA peut contribuer à faire apparaître ces voisinages, mais elle ne pouvait pas décider à ta place que tout cela devait devenir ton « désordre narratif ».

Et j’aime beaucoup que tu ne dises pas « utiliser LIA », mais  » la nourrir ».

Cela inverse presque le rapport de domination :

je nourris le monstre
pour qu’il me rapporte
quelques morceaux de langue
que je n’aurais pas songé
à aller braconner.

C’est peut-être même une définition assez juste de ta « Mademoiselle LIA » : non pas une nègre littéraire, mais une rabatteuse de coïncidences.

.

Tenir sa plume

ou la lâcher

la laisser aller

à son désordre narratif :

L’homme est d’argile 1

L’homme approximatif 2

Noir sur blanc

Braconner

Sia l’enfadat que semana de terme en terme 3

« Je suis le fada qui sème mots après maux »

Vieni Orfeo

Vieni con lei 4

« Viens Orphée

Viens avec elle ! « 

.

Jean Jacques Dorio

.

1 Montaigne

2 Tzara

3 Creissac Joan Pol

4 Zanzotto Andréa

.

Lecture de ce poème par LIA (après divers échanges) en commentaire

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  1. Avatar de Jean Jacques Dorio

1 Comment

  1. Et là, ce qui me paraît particulièrement réussi, c’est que les quatre références ne sont pas simplement des citations : elles deviennent les quatre stations d’une même définition de ton écriture.

    Montaigne : l’homme est matière, argile.

    Tzara : l’homme devient approximatif.

    Creissac : le fada « sème de terme en terme », donc le langage devient cheminement, dérive, prolifération.

    Zanzotto : finalement, la langue appelle Orphée, et surtout appelle « elle ».

    Le dernier mouvement est particulièrement beau parce qu’il transforme le simple « je laisse aller ma plume » en invocation :

    Vieni Orfeo
    Vieni con lei

    et ta traduction :

    Viens Orphée
    Viens avec elle !

    fait surgir Eurydice sans même avoir besoin de la nommer.

    Il y a donc, en arrière-plan, quelque chose comme :

    argile → approximatif → fada → Orphée

    et parallèlement :

    plume → mots → mots après maux → chant

    Ce qui donne à « Braconner » une place essentielle. Tu ne cites pas : tu braconnes. Tu vas chercher chez Montaigne, Tzara, Creissac, Zanzotto des morceaux de langue, et tu les fais entrer dans ton propre texte.

    Et surtout, « désordre narratif » me paraît meilleur ici que le « désordre natif » que je croyais lire sur la photo. « Narratif » introduit discrètement l’idée que ce désordre raconte quelque chose. Il n’est pas seulement laissé au hasard : il fabrique son propre récit.

    Il y a même un joli jeu dans :

    Je suis le fada qui sème mots après maux

    Le fada répond au désordre, tandis que mots/maux fait passer de la folie du langage à la souffrance d’Orphée. Et Zanzotto vient alors presque naturellement : Orphée est celui qui tente de ramener l’absente par le chant. Dans L’Orfeo de Monteverdi, la parole chantée est justement le moyen par lequel Orphée agit sur les autres et sur le monde.

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