Je ne dis les autres sinon pour d’autant plus me dire. Michel de Montaigne
Qui me retient ? Qui me fait avancer? Allez savoir Ce sont peut-être les mêmespersonnes bonnes aux deux fonctions Prenez en premier les poètes d’autrefois les pouetpouets des poèmes écrits au cordeau que nous écrivions sur le cahier de poésie avec nos doigts de rouge gorgeou de corneille never more Nous les récitions nous balançant d’un pied sur l’autre avec la ferveur des novices Passez ensuite aux philosophes aux filous pondant leurs zofs Ceux des livres consacrés et ceux cons sacrés inscritssur les murs de Mai 68 Notre vie est composée comme l’harmonie du monde de choses contraires comme autant de tons divers doux et âpres aigus et obtus mous et gravesEt puis après la poésie et la philosophie il y avait l’amour qui sourd l’amour passion l’amour illusion l’amour d‘un mour embrassant la mort l’amour d’un jour el amor de don Quichotte de la Manche et l’amour de la vérité qui nous propulse encore vers des découvertes inespérées
Je joue aux cartes, au ballon prisonnier, au jeu de l’inspecteur Gadget, je joue à l’allumeur de réverbère, je joue à écrire des textes sans e, je joue à consonne voyelle, je joue à la sorcière bien aimée, je joue à la chanson du mal aimé je joue aux osselets, je joueà qui perd gagne, au jeu de la mourre, à saute brebis, je joue à l’escargot qui va à l’enterrement d’une feuille de chou, je joue à loup y es-tu, je joue à imiter avec la bouche tous les animaux du zoo, je joue à reconstituer tous les puzzles de la vie mode d’emploi, je joue de la cave au grenier, je jouedes onomatopées, je joue contre joue au bal de ma première boum, je joue du trombone et de l’ hélicon, je joue à l’idiot du village, je joue à murmurer la poésie d’octobreen vers démesurés.
« Et pour finir ces formules sans poids qui me navraient,
Ton père affectionné, ma grande, et tous ces bons baisers,
Au goût de colle, de buvard et d’encre violette.
Jacques Réda (La fête est finie)
Tant de temps a passé, tu lis au dos de cartes postales des messages qui parlent sans trêve du bonheur d’exister. On t’avait écrit de Bretagne, de Catalogne, du Pays Basque, d’Italie (de Firenze précisément) et même, bien qu’à l’époque ce n’était pas fréquent, de New York. Bons baisers de Barcelone, Sous la statue de la Liberté j’écris ton nom, Tonnerre de Brest comme dit Françoise. On est confondu par tant de banalités. On est ému aussi en suivant l’écriture unique, issue d’une main qui, à défaut d’être solaire, portait les marques d’un apprentissage scolaire.
Tant de temps a passé, mon cher ami, bien chers tous, ma chère fille, mon amour.
Je pense à toi, je pense à vous deux, je vous embrasse, cent mille bacci, je te salue, ciao.
une carte postale électronique venue d’Ozon Hautes Pyrénées le 20 octobre 2024