PAGE D’ÉCRITURE

Une page d’écriture c’est réjouissant d’annoncer ainsi la couleur d’abord toute blanche puis au fur et à mesure se remplissant de signes de mots de caractères de lettres de lignes que l’on écrit au stylo plus ou moins fin (0,5 mm en ce qui concerne le fauteur (sic) de cette page) l’écrire sans être le moins du monde écrivain (mais écrivant on le concède) sans jamais savoir pourquoi et en évitant cela va sans dire l‘hilarité mortelle qui ricane derrière tout ce que nous accomplissons selon le dictionnaire portatif de citations qui nous accompagne (article hilarité) L’écrire maintenant dans le petit espace restant sous le vent mistral qui vient opportunément de se lever non pour tenter de vivre mais pour s’avouer que l’on a encore une fois cédé à la tentation de l’écrire jusqu’au bout (c’était son but) cette foutue page d’écriture maintenant et pour de bon ter/mi/née

Un nouveau dictionnaire à part moi p 89

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LES POÈMES

Les poèmes ne tombent pas du ciel

Les poèmes ne se trouvent pas sous les sabots d’un cheval

Les poèmes nouveaux essaient en vain d’échapper aux anciens

Les poèmes font mouvement vers l’émotion d’un instant unique

Les poèmes font aux penseurs la nique

Les poèmes se font par essais successifs qui font crisser la page

ou quand c’est raté la déchirent

J’ai dicté ce poème à Madame Puérilité qui a ajouté

Pour les enfants et pour les raffinés

JE VOIS LES MOTS

Je vois les mots une fois posés sur la page vierge mais je m’en vois pour qu’ils adviennent et d’ailleurs parfois je ne peux les voir en peinture

À d’autres moments par un heureux hasard les mots font apparaître un monde disparu qui était dans la coulisse

Ainsi la cueillette des simples sur la colline des Martigues qui surplombe ma maison fait apparaître la place aux herbes peinte par Camoin que tant nous admirâmes au musée de l’Annonciade

Je vois les mots au-delà de la mort de celle qui alors m’accompagnait dans le musée de Saint Tropez parce qu’après sa mort je désire que sa grande force lui dure

PORTÉ PAR PORTAL

Une page blanche j’en ai couvert des milliers mais si je savais comment réussir à coup sûr son écriture j’arrêterais tout de suite

Ce soir en l’écrivant j’ai de la chance je suis porté par Michel Portal

Un musicien qui a joué de toutes les musiques un dérangeur : ça m’arrange

Et naturellement ça dérange les auditeurs et les lecteurs qui ne savent pas comment s’y prendre avec l’oeil l’oreille et les pieds par-dessus le marché qui martèlent le rythme d’une ballade

Celle d’un Pendu

Non celui de frère François Villon

Mais celui de l’arcane du tarot de Marseille

Le XIIe qui survient suspendu par les pieds dans la pudeur du monde

Voilà ma page vierge jaune comme si j’avais pondu un oeuf

Et maintenant Musica maestro

LA RALENTIE

ON A TOUTE LA NUIT POUR JOUER LA RALENTIE 
Avec son horloge de sable Avec la page que l’on remplit peu à peu de ce qui est à l’intérieur de soi Avec tout ce qui alentour se dérobe Avec l’Histoire grande hache et notre petite histoire qui se pare d’oublis Tout est au ralenti a dit le docteur devant le corps de ma vieille grand-mère qui quittait peu à peu sa vie Je ralentis Je dorveille et je veilledor Je n’ai pas envie de parler de moi J’ai envie de tendre l’oreille pour écouter la germination Et le bruit du temps Ossip Mandelstam (1891-1938)
Un nouveau dictionnaire à part moi p 88
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