LES VOYAGES FORMENT LA VIEILLESSE

Après ce titre cavalier 
je ne sais qu'ajouter
Monter sur mon petit cheval
Qui se hasarde sur le chemin
de vers boiteux ?
Évoquer les rencontres en avion
de vétérans qui jadis naguère
après le grand amusement de Mai
furent coopérants ?
Ou bien même laisser parler
blabla babel babil ?
Laisser faire sa belle folie
Ce sera tout pour cette nuit

Martigues 23 mai 2025





SIX SIZAINS

J’écris en vers de huit syllabes

Le front ridé les cheveux blancs

Mais nullement ne me lamente

Au vrai j’écris la tête claire

Pour le plaisir de Poésie

Cette série de six sizains

.

Le front ridé les cheveux blancs

J’écris en mes cheminements

Je le fais de telle façon

Que qui voudra rimer y rime

Sachant lire sur le lutrin

Et chanter si le cœur lui dit

.

Mais nullement ne me lamente

N’étant pas en quête d’amante

Excepté voir dame Mémoire

Mettre et ranger dans son armoire

Ses ressources ruminatives

Et mêmement l’estimative

.

Au vrai j’écris la tête saine

Mettant en branle Fantaisie

Titillant ses sens endormis

Par la paresse des pensées

inadéquates coat coat coat

Celle des paroles gelées

.

Pour le plaisir de Poésie

Batifolant avec Villon

Qui n’a tente ni pavillon

Qu’il n’ait laissé à ses amis

Peu de Villons en bon savoir

Trop de Villons pour décevoir

.

Cette série de six sizains

un peu zinzins touche à sa fin

Elle fut écrite à Copenhague

Cité où le bien-être est roi

Les blondes filles le vélo

Joie et liesse en sont le lot

Copenhague dernière 22 mai 2025

MORT POUR RIRE

Mauvaise passe

Je suis traqué

Menacé de mille feux

Ouf ce n’était qu’un rêve

La petite mort pour rire

D’un peigneur de comètes

.

Je relis ces nuits-ci Corbière

Les fleurs des Amours jaunes

Les myosotis Ne m’oubliez pas

Et les amourettes

Nom vulgaire du muguet

.

Il est revenu le temps du muguet

À Copenhague où je prose

Ces maigres vers

Ils sont abondants

Mais tel mon rêve avorté

Ils sont en train de passer

Copenhague 21 mai 2025

J’AIME LES PETITS POÈMES

J’aime les petits poèmes

Qui naissent chaque nuit

Et que l’on essuie

D’une pièce de bleu trouée

Les petits poèmes

Pour deux petites bottes

Que l’on crotte

De boue verte et de suie

J’aime les petits poèmes

Que l’on frotte

D’encens et d’ivraie

Ceux qui disent à la fois

Vert et bleu faux et vrai

J’aime les petits poèmes

D’amour et d’amitié

Après un grain d’orage

J’aime leurs grains de beauté

Petits poèmes quotidiens

Cherchant leur ligne

Comme présents d’éternité

Copenhague 20 mai 2025

UNE DIMENSION INCONNUE DU VERBE

Je voudrais et j’essaie toujours de circuler en aveugle éveillé à travers les miroirs du monde qui m’entoure pour faire circuler cette dimension inconnue du verbe : L’écriture m’a toujours ravi.e parce qu’elle me permet de formuler ce à quoi, si j’étais resté.e à bâiller aux corneilles, je n’aurais jamais pensé

Je comprends que beaucoup d’écrivains en herbe ou à la tête chenue abandonnent la partie

Ils n’ont pas trouvé leur principe dit l’un

Ils n’adhèrent pas totalement à ce qu’ils font se laissant happer par la rumeur du monde dit l’autre

Ils écrivent pour être lus dit un troisième qui ajoute que cette éjaculation collective de l’écriture tourne à l’apocalypse

Un poète du XVIe se qualifiait avec humour de banny de liesse

Être unique à ses yeux dans son verbe son identité imaginative est la seule clé qui vaille pour continuer

Unique c’est à dire singulier, seul à subir  les coups durs de la vie ou à jouir des épiphanies du quotidien

Unique c’est à dire reconnaissant aux chercheurs inassouvis, artisans de la langue compte tenu des circonstances

Ce patchwork par exemple s’est passé de motifs

C’est celui d’un voyageur dans une cité inconnue qui croyait faire un voyage plus ou moins préparé

Mais c’est le voyage avec ses aléas qui va me faire voyageur ailé ou me défaire éternel insatisfait

C’est ainsi que je me comprends et suis stimulé par la conclusion du livre d’Albert Camus revisitant le mythe grec  : Il faut imaginer Sisyphe heureux

Copenhague 19 mai 2025