L’ARBRE DES CARMES

Traduit du silence

Autour de minuit

Au fil de la plume

Six lances d’incendie

.

Silence on tourne

Des contes d’hiver

Des récits mythiques

De Dante et d’Homère

.

Ce sont des paroles

Qui fuient et s’envolent

D’un carnet à ressort

D’un buisson de questions

.

Silence l’arbre remue encore

Au cloître des Carmes

Ouvert pour la première fois

En mil-neuf-cent-soixante-sept

Au festival d’Avignon

.

Antoine Bourseiller

Mettait en scène

La pièce de François Billetdoux

Tu y étais

Tu en trembles encor

.

Silence sur la page

D’un vieil enfant qui joue

Tant de lustres après

À s’assurer

Qu’il n’a pas perdu

Le cap

.

Les répliques s’enchaînent

Le poème des voix

Persiste

Alors que nombre de forêts

Brûlent

Cet arbre-là ne connaît pas

Le clap de fin

AINSI VA LA VIE D’AVANT

Comme au bon vieux temps
Quand nous parlions littérature
-Et qu'est-ce que tu écris en ce moment?
Un petit roman sur les dernières paroles
prononcées ou écrites par la main du défunt

Comme au bon vieux temps
Quand nous parlions de nos amours
En buvant un bourgogne de derrière les fagots
Sur un cassoulet façon mère Dorio

Comme au bon vieux temps
Quand nous parlions politique
Du matérialisme des superstructures
Et de la puissance des masses
Qui s'excusaient de ne rien comprendre à nos laïus

Comme au bon vieux temps
Quand nous chantions tout notre saoul
le déserteur et le gorille
ta Cathie t'a quitté
et ce fameux trois mâts
fin comme un oiseau

Comme à la fin des temps
Quand nous ne parlions plus
Cancer du larynx
Sur notre ardoise d'écolier
Nous faisions tinter nos craies
Pour un dernier message

estos días azules y este sol de la infancia*
ces jours d'azur et ce soleil de l'enfance

*dernier vers écrit par Antonio Machado à Collioure

NAGES

Tu nages dans le fleuve du temps

Tu ne sais pas si c’est un rêve d’endormi ou d’éveillé

Tu nages dans les pages des livres en feu de Gary

Tu ne sais pas s’il s’agit d’un oxymore ou d’une traduction de gary issue du russe

Tu nages dans la mémoire circulaire de l’oubli

Tu essaies toujours de ruser entre l’imaginaire et la réalité

Romain Gary Les clowns lyriques manuscrit

DE NUIT EN NUIT

Ainsi de nuit en nuit tu dénuites

Tu tisses et tu détisses

Des lignes inédites

Et le poème se faisant

Tu t’oublies dans des rimes

D’un autre temps

.

Ainsi de nuit en nuit tu dynamites

Fragments fusées cœur mis à nu

Instants précieux

Qui sonnent sans raison

Mais non sans résonances :

Les mots c’est de la poudre blanche

Et c’est Nerval, clinique Blanche,

Imaginant ses filles de feu

.

(la suite manque

c’est pour une autre nuit

où nous mettrons en scène

nos fantaisies immémoriales)