LES MONDES SE MÉLANGENT L’ANCIEN ET LE NOUVEAU

Les mondes se mélangent l’ancien et le nouveau
Ô monde, mais immonde ! Ô grand tout mais un rien !
Tous ces cercles roulants qui embrassent le monde :
J’y amarre le feu, l’air, la terre avec l’onde

Je recopie ces vers en ôtant le divin
Seigneur Dieu la cause de l’entier gouvernement
Mais Grevin qui l’affirme sait noyer le poisson
Lecteur assidu de Platon et d’Aristote
Il fait douter ses ouailles : Je n’en retire rien
Qu’un chaos plus souvent Nulle ferme assurance
de son propos ne se dégage, de son gentil tourment

Ô mélange du monde ô mondaine inconstance
Vivons donc constamment ma toute désirée !


Jacques Grevin (1528-1570)
Venus du Beauvaisis, il étudia dans l’Université de Paris.
Il joignit à la connaissance des Belles Lettres la science de la médecine.

LA VAGUE DE LA VIE NOUS FRAPPE AVEC VIOLENCE

pour Séverine Auffret



La vague de la vie nous frappe avec violence
Il faut sortir du nid douillet où nous étions
 Tenus par le cordon Quitter la vie d’Utère
Où nous nous promenions en la mer d’Espérance

Nous voilà nés tenus par les pieds la tête en bas
Criant : Terre ! Terre ! le corps luisant de front
Et d’yeux Soumis aux aléas de l’existence
Tel dit : Les Muses m’ont apporté leurs présents
Et telle autre (dame rare dont on a conservé les écrits) :
Élève mon esprit d’un désir excellent

Patati patata Charabi charabia
S’accompagnant du grief mal qu’ils endurent
Ses poètes chrétiens cultivent le dolorisme
Ils méprisent la vie : un mensonge frivole
Contre eux assurément j’aurai toujours dent dure

Avec Marc Claude Buttet 1530-1586 (l’Amalthée)
Et Gabrielle de Coignard (1550 ? 1586) (Œuvres chrétiennes)

LECTRICE MES SONNETS NE SONT QUE SIMPLE PROSE






Lectrice mes sonnets ne sont que simple prose
La prose d’un monde qui passe par des doigts
Qui tiennent le stylo qui ôte les soucis
Ou qui les accentue à pleines mains décloses

Lectrice mes sonnets ne sont que simple prose
Mes fleurs s’absentent de tout bouquet d’œillets
De lis de colchiques dans les prés et de roses
Mes fleurs de rhétoriques cueillies dans les sonnets
D’Orphée pour Eurydice de Pétrarque pour Laure
De Ronsard pour Cassandre Marot pour Marguerite

Pour toi Lectrice j’effeuille la marguerite
Je t’aime un peu pas du tout J’t’aime à la folie
Comme le feu qui en moi émeut mes esprits
Remâchant ces secrets qui nous métamorphosent

écrit en lisant sonnets de Jacques Grévin (1538-1570)