2022 ANNÉE HORRIBILIS

Or m’ont fait les dieux célestes et terrestres
Tout fait heureux mêmement les sylvestres
Avec Marot ce bel emploi du mot
Sylvestre, forêts et bois alliés
À la terre et au ciel des Anciens

Aujourd’hui au contraire Saint Sylvestre
Factice fin de règne d’une année
Horribilis l’horreur l’horrible guerre
L’Ukraine à feu et à sang Ses enfants
Déchiquetés exilés déportés
Par le satrape russe blondinet
Qu’on montre honteusement sur nos télés
La mort dans l’œil le discours d’un salaud
intégral 


Saint Sylvestre horribilis
Pour les femmes d’Iran d’Afghanistan
Livrées au pire de la religion
privée de laïcité : dogmatisme,
Intolérance, mort aux « infidèles »


Horribilis en Chine l’empereur
Rouge nommé à vie comme Mao
Mao Mao Combien de morts
Sortis du « petit livre » Combien de Ouïghours
Génocidés dans les camps du Xinjiang ?


Or m’ont fait les dieux célestes et terrestres
Tout fait heureux mêmement les sylvestres
Mêmement les valeurs spirituelles
De nos sociétés libérées des dogmes :
Religion d’état et parti unique.
De nos sociétés à visée éthique :
Une vie bonne avec et pour autrui
Dans des institutions toujours plus justes 1
La mort n’y mord 2 
L’amour la paix s’y cherchent

1 Paul Ricœur 2 Clément Marot




  

FANTAISIE EN SEPT SYLLABES

Je compte encor mes syllabes 
Je compte sur mes doigts sept
Sept coqs et sept poules grises
Ça fait quatorze bestioles 
Sur un tas de fumier chaud
Chaud chaud les marrons glacés 
L’alcool et les rimes folles
Les cheveux noirs et qui frisent
Moby Dick le cétacé 
Baleine blanche narval
Dans le polar de Melville 
Le défi du vieil Achab
La mort du dormeur du val
La fin des heptasyllabes

JE PENSE mais il y a peut-être erreur sur la personne

JE PENSE, mais il y a peut-être erreur sur la personne Je pense donc je suis disait l’autre mais il ne disait pas (du moins je le pense) ce que moi je pense sur le Sujet Celui qui dit Je pense, affirme un autre penseur, « fond en un seul acte le dire et le faire » Je pense en effet qu’il faut toujours avoir deux faires au feu : le faire semblant et le faire pour de vrai Je pense c’est, selon l’étymologie, je pèse et je soupèse Je pèse le côté un peu factice de poursuivre ces variations sur le verbe penser à la première personne du présent de l’indicatif  En y pensant je suis (du verbe être) cette pensée idéale en massif et en jardinière (j’invite mes lectrices-lecteurs à préférer, pour une belle floraison,  un emplacement ensoleillé surtout dans l’hiver de la pensée que nous traversons) « Je pense donc j’essuie », comme l’écrivait mon professeur de philosophie après avoir essuyé la formule cartésienne qu’il avait écrite comme matière à penser à la craie blanche sur le tableau noir d’une salle de l’École Normale d’instituteurs d’Auch (Gers) saison 1963-64 Je pense aux petites fiches où j’ai écrit des milliers de poèmes issus de citations Je pense à mes années d’apprentissage faites de bric et de broc sans maître penseur mais avec les senteurs de ma verte campagne où je suis né Je pense qu’ainsi j’ai échappé à la meute des penseurs doctrinaires désignés par des substantifs se terminant par -iste (en faire la liste requerrait un cahier d’écolier en entier) Je pense que si j’ai été un bon élève ( en rien exceptionnel) je le dois au désir insensé de mes père et mère, les derniers des paysans, se nourrissant presque exclusivement des produits de leur petite ferme,  qui rêvaient que j’embrasse la profession d’instituteur, boursier tout au long de mes études et enfin entrant en classe de seconde à la (petite) école normale comme élève-maître entrant pour mes 16 ans dans la carrière Je pense que contrairement à la fille d’un boutiquier normand qui vient d’accéder au prix Nobel, je n’en tire aucune fierté, ni, encore moins, rage de « transfuge » Je pense que provisoirement il vaut mieux en rester là, posant mon stylo  et reprenant, pour oublier ma trop longue anaphore, un de mes livres actuels que l’on dit de chevet (partie du lit où l’on pose son chef, sa tête, sa caboche) Elle prend son arc turquois Recoiffe sa tresse blonde Puis s’endort au bruit de l’onde Pierre de Ronsard

MEILLEURS VŒUX du boudan à l’an nouveau

C’est comme la vie trop vite finie

On n’est jamais sûr d’avoir tout compris

Anne Sylvestre (sa dernière chanson)

C’est comme la mort qui a toujours tort On la moque on la mord avec sa bouche d’ombre Noire comme ce boudan Bout d’un monde en sang

On n’est jamais sûr de la bonne rime De la Roue qui tourne sa folle Fortune Mais personne ne nous empêchera Contre Douleur d’ordonner pour le Nouvel an Grâce et Douceur

hypnographies du bout de l’an le boudan 2022

Sans penser à rien Sans modèle sans repentirs Sans portes et sans soupirs * J’ai laissé aller ma main traçant ses signes d’un pinceau plus ou moins habile Mais pour le moins ce sont calligraphies uniques Comme mes vœux pour toi pour vous : la bonne année 2023, du temps pour vivre et pour tisser sans fin nos fragiles mais précieuses amitiés

JJD

*Variations pour une porte et un soupir Pierre Henry 1963

PIQUER ET REPIQUER

                                            Je pique et je repique
                                               Dans le tissu des jours
                                               Le fil est l’alphabet
                                               Marqué du sceau des mers
                                               Des ronces et des bêtes
                                               Piqué de hiéroglyphes
                                               Et de poèmes à contre-jour
                                               Je pique et repique
                                               Un soleil Une tête
                                               Le masque d’un visage
                                                        A distance des choses
                                               A distance des muses                  
                                                L’audace des figures
                                               Qui tissent leur patchwork



hypnographies pour Alice p 24 sur 66