

Jean Jacques Dorio Un poème inédit par jour


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hypnographies 10 décembre 2022

se lancer s’élancer c’est magique/ c’est une brève histoire de l’infini qui se dissout dans l’infinitésimal/ se lancer s’élancer vers des formes cristallines passées à la flamme de signes invisibles/ ou plutôt de signes en tension entre une calligraphie imaginaire et l’être qui se donne l’illusion de les créer de toute main
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« Je ne suis moi que seul », curieuse confidence d’un « moi » curieux de tout ce que lui rapportent les autres, un « moi » surnourri d’œuvres littéraires, musicales, artistiques, journalistiques, philosophiques. Curieux, comme c’est pas possible, de tous les parlers et langues ouïes, de la populaire inventive à la salonarde risible et ridicule. Mais c’est ainsi, je l’avoue comme une espèce de fatalité, je ne puis tirer profit que de moi-même.
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Des années durant malgré une foule de publications au Figaro, un livre « des plaisirs et des jours », la monumentale traduction de La bible d’Amiens, (et sa préface), malgré une certaine facilité à écrire et à pasticher écrivains et poètes, j’ai constaté, amèrement, que décidément pour ce qui me concernait, je n’étais pas un (vrai) écrivain. Et puis à la quarantaine, alors que tout semblait perdu, croyant avoir frappé à toutes ces portes qui ne donnaient sur rien, j’ai heurté, sans le savoir, la bonne qui s’est ouverte…comme un livre.
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Enfin on respire disait ma grand-mère, enivrée par le vent et la bonne petite pluie, alors qu’elle arpentait les allées détrempées du jardin. C’était son instant d’éternité, dans cet éden où sa promenade au grand air, prenait des allures de ballade poétique.
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Propos du maître d’hôtel de Balbec adressés à Françoise (terrorisée) au début de la guerre de 14 : Ça pourrait faire du vilain, parce qu’il paraît qu’il y en a beaucoup qui ne veulent pas marcher, des gars de seize ans qui pleurent. Naturellement les journaux ont l’ordre de ne pas dire ça. Du reste c’est toute la jeunesse qui sera en avant, il n’en reviendra pas lourd. D’un côté ça fera de bon, une bonne saignée, là, c’est utile de temps en temps, ça fera marcher le commerce.
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Jean Santeuil, ses pages détestables, cette espèce de nougat indigeste, n’aurait jamais dû faire l’objet d’un livre. J’avais pourtant indiqué la marche à suivre : ce roman raté que j’avais mis des millions de minutes à écrire, une flambée devait le brûler en une seule fois.
Je relis mes fadaises Elles sont faites des mille et une voix posées ici sur ce mode d’emploi imaginaire d’une poésie en train de s’inventer Je provoque les étincelles de mes roues à aube avec le bois du cèdre et le torrent des œuvres qui les fait continûment tourner : Libérez-vous de servitude et de vos idées arrêtées Et passez outre la confusion et la discorde dictées par la rumeur du monde Je relie mes impasses À la trop grande impatience Qui pousse à la rue les égarés Dialogues de sourds Refus de s’accorder Je tâche d’y voir clair Dans les choses inconnues Qui viennent de ces mots Qu’il faut apprendre à taire Quand tout est confusion Mais quand je les confie au papier J’oublie toute prudence Et laisse résonner avec Michel de Montaigne : Un parler ouvert ouvre un autre parler et le tire hors Comme fait le vin et l’amour

signes en tension entre une calligraphie imaginaire et l’être de passage qui les a créés
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