CHAQUE JOUR UN POÈME

Chaque jour un poème
Tel un exercice spirituel
Chaque jour un poème
Comme un jaillissement premier
Chaque jour un poème
Une forme qui va et vient
Qui nous cache ou nous révèle 
Chaque jour un poème
Instants précieux
Émerveillements
Énigmes sans réponses
Chaque jour un poème
La nuit de préférence
Chaque jour un poème
Un essai de concilier
la rime et la raison
Chaque jour un poème
L'inexprimable et l'indicible
submergés par un vers
écrit les yeux fermés
Chaque jour un poème
Toujours inachevé

Les poèmes ne tombent pas du ciel Les poèmes ne se trouvent pas sous les sabots d’un cheval Les poèmes font mouvement vers l’émotion d’un instant unique Les poèmes font aux penseurs la nique Les poèmes se font par essais successifs qui font crisser la page ou quand c’est raté la déchirent J’ai dicté ce poème à Madame Puérilité qui l'a dédié aux  enfants et aux raffinés

illustration Maria-Dolores Cano

HÉSITATIONS

« Que serions-nous donc sans le secours de ce qui n’existe pas ? » Paul Valéry

.

Les fleurs du mal

Ou

Le parti pris des choses

Nous hésitons

Nous imitons, horreur! la toupie et la boule

Le parti pris ?

Non les fleurs

Et cet alexandrin :

Le corps du bel obscur hors du drap des paroles

De qui ?

Évidemment on a triché, c’est F.P. qui l’a écrit mais inséré dans sa prose :

Bon pour un bol à boire au nichon de la mère d’Hercule

Ça aurait pu faire partie des reliquats des Fleurs du mal :

J’ai pétri de la boue et j’en ai fait de l’or

JJ D

Toulouse

30 octobre 2025

EL HACEDOR

y de algún modo será justo afirmar que yo le he traído este libro y que usted lo ha aceptado
Borges

El Hacedor

Faiseur
Mot de poète
Qui fit Eloge de la Sombre
Du Chiffre
Et du Livre

Qui se perd et renaît
Dans l’Arène du Temps


Il s’appelait Jorge
Georgie à la maison


Les Tigres le poursuivaient
En des rêves d’or
Et des sentiers qui bifurquaient


Histoires d’Infamie
Et d’Eternité
Du côté de l’Aleph
Et autres inventions verbales
Comme le ciel l’enfer
Ou le miroir de Borges
Qui reflétait
Une ombre blanche


JJ Dorio 2 Janvier 2002

tableau de José Bonomi édition d’octobre 1967

JE ME SOUVIENS DE MON ÉCOLE

Je me souviens de mon école

Je me souviens des dictées à coups de règles sur les doigts ou les têtes

Je me souviens des doigts mordus pour ne pas prendre le fou rire

Je me souviens de la règle de trois

Je me souviens du dessous obscur de l’escalier : réserve de bois et cachot pour écoliers récalcitrants

Je me souviens du jeu de barre

Je me souviens des tabliers noirs des garçons et des tabliers fleuris des filles

Je me souviens des planches de bois brut et des trous pour encriers

Je me souviens des plumes sergent major

Je me souviens des pages quadrillées et du cahier Héraklès

Je me souviens de monsieur géraud de monsieur dinat de madame géraud de madame sert

Je me souviens du béret que l’on soulevait à leur passage

Je me souviens des cochonnailles et du vin nouveau que l’on apportait aux régents

Je me souviens de riri et de jojo

Je me souviens de bernadette et de marité

Je me souviens des leçons de choses

Je me souviens du poêle et des bûches qu’on apportait le matin pour le faire rougir

Je me souviens du silence et de l’attention portée aux apprentissages quotidiens

Je me souviens que la promesse d’un parcours hors de sa condition première n’a pas été trahie

Je me souviens de ma maison d'école

FLAMBÉE BAROQUE

FLAMBÉE BAROQUE

Baroque sérieux et parodique
J’ajoute ici ma part modique
Celle d’un pauvre extravagant
Foufou toctoc éternel errant


Dans son petit canton imparfait
Chaque matin il retire les cendres
(de la précédente journée)
Dresse une brassée de petit bois mort
Et met à jour ses flammes poémiques


Un peu de miel issue de cendres
Un amour follet traduit à mort (d’amor)
Et pensées plus légères que violons ailés



Le monde s’écrabouille, se trucide, se déchire et toi tu continues, ignoré de Balzac et des lecteurs futiles, à produire tes vers de mirliton, faisant tourner à qui mieux mieux ta toton, toupie d’un rituel d’oubli des sinistres réalités. Oui, mais, aussi, cependant, travailler la métaphore vive, ne pas admettre sa perte, persister dans ce chant baroque des piétinements, basse continue et oxymorons, au grand dam des écrabouilleurs en tout genre, des trucideurs, des faiseurs de guerres infâmes,
Coeur d’amour épris, écrit Matisse fatigué, finissant, en découpant ses papiers de couleur, oiseaux du jazz, signes en verve, manière pour quelques secondes précieuses de remédier aux maux du monde.