IL FAUT CONTINUER

Il faut continuer, je ne peux pas continuer,

 il faut continuer, il faut dire des mots tant qu’il y en a,

 il faut les dire jusqu’à ce qu’ils me trouvent, jusqu’à ce qu’il me disent.

Michel Foucault

leçon inaugurale au Collège de  France 2 décembre 1970





continuer

il faut continuer









continuer

fendre son bois pendre don hamac

écouter les histoires sans fin des chaman.e.s

lire tous les poètes d’hier et d’aujourd’hui inconnus du public





continuer

éclairer par l’écrit ta nuit noire





continuer

tes figures imposées

le mot qui vient

le ligne à ligne

le bloc qui se fait et qui se modifie légèrement

en passant du manuscrit au tapuscrit

ici

sur poésie mode d’emploi





continuer

sur le chemin qui bifurque

et qui ne se fait qu’en l’empruntant





continuer

cette initiative laissée aux mots

sans rien en attendre sans espérer la résolution

de tes maux





continuer

les nuits qu’il faut veiller et dorloter

les nuits vigie des histoires sans fin

qu’il faut continuer


	

SONNET DES DIMANCHES

Ah! les dimanches Ah! les didis

Ma maman met sa robe blanche

Papa ses crampons de rugby

Ah! les dimanches Ah! les didis





Grand mèr’ rumine ses prières

Grand’ père pourrit dans un trou

Ah! la guéguerre Ah! la jolie

Que reste-t-il de nos dimanches ?





Nos murmures et nos fantaisies

Quelques chansons de nos ancêtres

Quant te costeront les esclops*





Les sabots le béret les jeux

de quilles et de cartes truquées

Et ce sonnet inachevé





*Combien coûtèrent tes sabots (occitan)

AU LECTEUR DE BONNE FOI

 
 
  C’est icy un livre de bonne foy, lecteur.
 Les Essais de Montaigne
  
 Je n’aurai jamais le temps de me prendre au sérieux
 Ni – rassurez-vous –de me pendre au réverbère
  
 Je n’aurai jamais le temps de lire tous les livres qui m’entourent
 Mais chacune de leur page qui me renouvelle me fait oublier 
 La peur de ne pas parvenir au bout du voyage
  
 Je n’aurai jamais le temps de réparer toutes les pièces qui me constituent
 Mais j’aurai ouvert mes lignes à ce lecteur de bonne foi :
  
 Il ne sait rien au juste mais son énergie en mouvement réside 
 dans le transport du corps de l’esprit et des sens 

C’est icy un livre de bonne foy, lecteur.

Les Essais de Montaigne

*

Je n’aurai jamais le temps de me prendre au sérieux

Ni – rassurez-vous –de me pendre au réverbère

Je n’aurai jamais le temps de lire tous les livres qui m’entourent

Mais chacune de leur page qui me renouvelle me fait oublier

La peur de ne pas parvenir au bout du voyage

Je n’aurai jamais le temps de réparer toutes les pièces qui me constituent

Mais j’aurai ouvert mes lignes à ce lecteur de bonne foi :

Il ne sait rien au juste mais son énergie en mouvement réside

dans le transport du corps de l’esprit et des sens

*

« Ayant l’expansion des choses infinies

[…]

Qui chantent les transports de l’esprit et des sens »

Baudelaire (Correspondances)

COMMENCER

 
 
 commencer
 c’est toujours un début qui n’en finit pas
  
 commencer
 comment c’est chez toi ?
  
 commencer de zéro
 ici et pas ailleurs
 maintenant et pas demain
  
 commencer
 en se disant que personne n’a jamais écrit ça
  
 commencez sans moi le Banquet
 dit Socrate
 arrêté extatique
 réfléchissant à l’on-ne-sait quel phénomène
 sans bouger
  
 commencer
 art visuel
 ponctuel
  fraternel
  
 commencer  
 finir n’est pas
 programmé


   

Commencer ce commencement qui n’en finit pas

Commencer comment c’est chez toi ce matin ?

Commencer c’est toujours une naissance

Commencer de zéro ici et pas ailleurs maintenant et pas demain

Commencer main tenant ce stylo noir de promesses

Commencer pour tâcher d’y voir clair

Commencer ce que personne n’a écrit avant toi

Commencez sans moi le Banquet dit Socrate arrêté extatique

Réfléchissant à l’on-ne-sait-quoi sans bouger

Commencer : finir n’est pas programmé

T’IMAGINES C’EST PAS RIEN

t’imagines c’est pas rien c’est quoi alors ? c’est trop long à t’expliquer

t’imagines c’est de l’occitan al lum rossèl d’una candèla censada eccartar la tronanda*

*à la lumière rousse d’une chandelle censée éloignée la foudre Ives Roqueta

t’imagines c’est chacun de tes doigts sauf l’index mis en quarantaine dans les caves du Vatican

t’imagines c’est un poème qui a fait une dépression nerveuse* il n’y a qu’un pessoïen pour trouver ça

*o meu poema teve un esgotamento nervoso Daniel Jonas

t’imagines sur une malle du grenier un chat-huant fumant la pipe de Magritte

t’imagines c’est l’horloge qui tourne dans la tête tranchée par la grande aiguille

t’imagine une voix d’outre-tombe qui déchire le papier

t’imagines tantôt la vie tantôt la mort et au milieu coule un fleuve noir

t’imagines des lettres minuscules qui magnétisent ton bas de casse

t’imagines c’est pas rien c’est quoi alors ? t’as qu’à tout relire