LE MONDE S’ÉCRABOUILLE

Le mode s’écrabouille, se trucide, se déchire et toi tu continues, ignoré de Balzac et des lecteurs futiles, à produire tes vers de mirliton, faisant tourner à qui mieux mieux ta toton, toupie d’un rituel d’oubli des sinistres réalités.

Oui, mais, aussi, cependant, travailler la métaphore vive, ne pas admettre sa perte, persister dans ce chant baroque des piétinements, basse continue et oxymorons, au grand dam des écrabouilleurs en tout genre, des trucideurs, des faiseurs de guerres infâmes,

Coeur d’amour épris, écrit Matisse fatigué, finissant, en découpant ses papiers de couleur, oiseaux du jazz, signes en verve, manière pour quelques secondes précieuses de réparer les maux du monde, et d’en éloigner jusqu’au bout, les amoureux fervents et les savants austères.

Millau la nuit du 11 juin 2025

QUEL EST CE NOM

Quel est ce nom

Écrit au doigt

Et à l’oeil

Passé minuit

.

Venu de notre ignorance

Il nous hante et nous accompagne

Tel un nom perdu de notre enfance

.

Venu des jeux de l’art 

De nous imaginer

Prince ou gueux

Reine des neiges

Alice éternelle

.

Un nom commun

Ou extrait de la zone

Linguistique explorée

Quotidiennement

Par les derniers des Mohicans

.

Ce nom silencieux

Il ne tient qu’à toi

De le réinventer

UNE CARTE PLUS BLEUE QU’UNE ORANGE

.

Voilà l’objet

Une belle carte bleue

Comme une orange

.

Voilà les mots

Qu’on ne sait

Sur quel pied

Faire danser

.

Voilà les signes

Caractères noirs

D’encre de Chine

Ou plus rare

D’un pastel

Du Lauragais

.

Voici le reste

Quand l’écriture

N’est plus rien

Qu’un zéro pointé

.

Le zéfiro le vent

Léger de vivre

S’est arrêté

.

Toulouse 7 juin 2025