
encre de Chine
sur papier Kraft
format A6
dorio
12/03/2017
citation
Jean François Billeter
Essai sur l’art chinois de l’écriture et ses fondements
Jean Jacques Dorio Un poème inédit par jour

Monologuant je dialogue
Dans le fournaise de l’esprit
-L’instant engendre-t-il la forme ?
-La forme nous fait-elle voir le temps ?
Je dialogue avec le Songe
-Que reste-t-il de nos amours ?
–Il est resté comme un abîme
Entre ma vie et le bonheur*
*Nerval
Je dialogue avec mon double
Qui se fragmente chaque nuit
-Mais quel est ton mot de passe ?
-Recherche du « Comment vivre »
Je dialogue a volo avec le temps perdu
-Mais comment t’appelles-tu ?
-René.e Renaissance
Je dialogue avec ce chat mort et vivant
créé par ce physicien farceur
dont j’ai oublié le nom
-C’est ta contribution à la relativité généralisée
je suppose ?
-Oui c’est l’esprit même de mes poèmes
qu’on ne sait sur quel pied danser.
Je mets en dialogue le texte et le sous-texte
-Tu penses à quoi mon cœur ?
-À l’impensé ma belle !
Je dialogue avec mes toiles peintes d’acryliques
et d’encres projetées
-C’est un art expressionniste non ?
-Oui, mais ce n’est peut-être qu’une
impression soleil levant.
Je fais dialoguer la chouette de Minerve
et le hibou baudelairien
-Et ça donne quoi ?
-Des plumes éparpillées au matin
sur mon oreiller.
Je dialogue avec tous ces textes de papier
que je lis sans cesse
et relie au palimpseste
des pièces perdues ou inachevées
Nos papiers d’identité ont leur verso d’ombre et de rêve, où chaque vie secrète brûle et s’éteint en silence. Entre dedans et dehors, du je au tu, du clair à l’obscur, du réel à l’imaginaire, à travers les couches multiples du vécu, les mots vont et viennent, désirants, imparfaits, défaits.
Pour celui qui écrit, parfois des livres émergent, étranges balises sur les lignes de fond.
Jacqueline Saint-Jean
J'ai écrit un poème que jamais personne ne lira
Je l'ai donné au vent brûlant de l'oubli
Feuille à feuille au son d'un tambour Hopi
C'était un long poème qui n'en finissait pas
Écrit dans des bistrots du Quartier
Sous la flamme vacillante d'une chandelle
Ce poème
Que jamais personne ne lirait
J'en ai trouvé des bribes
Dans une revue éphémère
De nos années de braises
Des titres phonémiques et graphémiques
Traduits d'un soi-disant auteur de la Beat
Des copains les auront ramassés
Sur mes tables de café
Poèmes hors de saison
À présent que graphèmes et phonèmes
Ces signes que nous haïmes*
Ont disparu du champ
*par assonance et antiphrase
J’ai beau les retenir les mots m’échappent
Je connais leur danger leur manque de réalité
Mais je suis dans l’arène le taureau est lâché
Je le cite je l’incite à passer à côté
Mais rien n'y fait
J’ai beau les retenir les mots m’échappent
Vaniteux mesquins égocentriques
Intrigants facétieux – Passez au large
leur dis-je Laissez-moi à ma guise robinsonner
Mais ils ne m’écoutent pas
Ils s’écoulent sans cesse
Fleuves intranquilles Pierrots lunaires
Fils d’Ariane emmêlés
Sur mes cahiers raturés
Ils passent d’un lieu à l’autre
D’un livre terminé à un livre recommencé
Jusqu’au jour –cette nuit – où les mots enfin m’abandonnent :
Y con eso quedo dicho todo*
Voilà…tout est dit !
*derniers mots de Bartleby y compañia
Enrique Vila-Matas (2000)
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