INHUMANITÉ

INHUMANITÉ

-Comment vas-tu vieille branche ?

-Comme un arbre dans la ville en feu.

-Mais au moins toi tu n’as pas brûlé ?

-Si, mais pour l’instant ça ne se voit pas.

Mon cœur est rongé par tant d’inhumanité.

un dessin plein d’humanité don de Claude Brugeilles

(Aujourd’hui en France) je ne vois pas ce contraste entre la crise (la violence) d’un côté et la créativité de l’autre.

J’ai l’impression que c’est la crise face à la crise, la crise qui se regarde dans un miroir.

selon Carlos Fuentes

DÉCLINAISONS D’UN ARBRE

Pour Sylvie Gate

https://eloge-de-l-arbre.over-blog.com/

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DE L’ARBRE QUI NE RÉVÈLE PAS NE CHERCHE PAS MAIS SIGNIFIE

de l’arbre où poussent les neurones de notre cortex /de l’arbre transfert aérien de notre for intérieur/ de l’arbre ébranché dans un alexandrin : voici des fruits des fleurs des feuilles et des branches Verlaine/ de l’arbre qui irrigue les carnets et les cahiers de peintres qui essaient pour le figurer de prendre le recul nécessaire sur leurs pratiques millénaires/ de l’arbre de citations /de l’arbre qui cache la forêt des symboles /de l’arbre composé par les mille et un contes de la nuit : contes de survie contes de défi et chansons où l’on écrit son testament : est-il encore debout le chêne ou le sapin de mon cercueil Brassens /de l’arbre apparaissant sur la langue tirée par monsieur Einstein /de l’arbre mort de mon jardin un cerisier dont j’ai conservé le tronc et les fourches pour m’y asseoir et converser avec mes livres imaginaires qui tels l’oracle de Delphes ne révèlent pas ne cherchent pas mais signifient /de l’arbre du signifiant en ces chaos inattendus cahin caha/ de l’arbre de la barque de Francis Ponge qui s’en va couçi couça « comme tout au monde à sa perte tel un fétu »/ de l’arbre des contes populaires du petit poucet et du baron perché /des arbres de toute une vie où figurent l’écorce et la chair de nos autoportraits /de l’arbre qui s’efface et fuit la terre en feu/ de l’arbre qui déploie ses racines dans le sol jaune des amours contrariées ou perdues/ de l’arbre résistant contre vents et marées

Dorio 2 juin 2023

J’AI ÉCRIT BIEN DES VERS

J’AI ÉCRIT BIEN DES VERS à la manière de poètes connu.e.s et inconnu.e.s J’en ai même recopié quand j’étais adolescent sur des feuilles de tabac que mon père faisait sécher sur des cordes tendues de clocher en clocher J’ai écrit sur le pont romain de Saragosse en lisant un été la vida del buscón (un roman picaresque pas piqué des vers) Un printemps sur Brooklyn Bridge j’ai écrit à côté d’un géant du jazz qui se prenait pour Saint Thomas J’ai écrit sur l’altiplano, les hauts-plateaux du Pérou, où l’on m’avait confié la clé d’une cahute en adobe, avec des crânes en provenance d’Incas factices et une cruche de chicha, leur maïs fermenté J’ai écrit dans le train qui me menait à Berlin Ouest au temps du mur, hérissé de barbelés, érigé par les camarades communistes de l’Est J’ai écrit comme un sourd parlant à des muets Aujourd’hui 30 mai 2023 j’écris cette dernière resucée, à une heure de la nuit avancée, sur mon bloc de papier, avant de transférer le tout, demain dès l’aube, sur poésie mode d’emploi, ce blog numérique que j’adresse aux rares lectrices et lecteurs-oiseaux de passage, en espérant qu’ils en prennent un peu de graines, pour les porter à leur tour et les faire proliférer, sur leur livre d’intimité

ALORS QU’EST-CE QUE T’AS ÉCRIT CETTE NUIT ? 16/23 Une nuit de bambochades

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UNE NUIT DE BAMBOCHADES

-Alors qu’est-ce que t’as écrit cette nuit ? -Cette nuit je suis resté cloué au lit, mais sans être malade « complètement malade », comme chantait avec force et malice un certain Lama. Au lit, lisant et faisant forces prélèvements de mots, d’expressions et de vers entiers. -Comme ? – Ces deux décasyllabes dont je te défie de trouver l’auteur : Quand d’Amsterdam le coq chantera La poule d’or de Harlem pondera. -En effet je ne vois pas, mais par contre s’il s’agit d’Amsterdam chanté par Brel, je crois qu’il faut ajouter un « a » à Harlem. -Haarlem en effet, bien joué, tu as raison. C’est une ville voisine du port hollandais qui a donné son nom au quartier newyorkais. Haarlem fut le théâtre de peintures dites « bambochades », tableaux de genres des peintres flamands. Ainsi j’ai fait le tour de quelques reproductions, telle la toile de Jean Both, les joueurs de mora (le jeu de la Moure), celle de Karel Dujardin, les charlatans italiens ou celle de Frans Hals, le vieux joueur de  rommelpot (un tambour à frictions que l’on fait vibrer). Et pour le reste j’ai lu et relu le poème source d’Aloysius Bertrand intitulé Harlem. Harlem, cette admirable bambochade qui résume l’école flamande, Harlem peint par Jean-Breughel, Peeter-Neef, David-Téniers et Paul Rembrandt. Et le canal où l’eau bleue tremble, et l’église où le vitrage d’or flamboie, et le stoël où sèche le linge au soleil, et les toits, verts de houblon. Et les cigognes qui battent des ailes autour de l’horloge de la ville, tendant le col du haut des airs et recevant dans leur bec les gouttes de pluie. Et l’insouciant bourguemestre qui caresse de la main son double menton, et l’amoureux fleuriste qui maigrit, l’œil attaché à une tulipe. Et la bohémienne qui se pâme sur sa mandoline, et le vieillard qui joue du Rommelpot, et l’enfant qui enfle une vessie. Et les buveurs qui fument dans l’estaminet borgne, et la servante de l’hôtellerie qui accroche à la fenêtre un faisan mort. -Magnifique, une pièce rare, de cet auteur dont la prose poétique de Gaspard de la nuit,  inspira Baudelaire. Et le distique du coq et de la poule d’or ? -C’est une centurie de Nostradamus.

SAINT-BLAISE N’A PAS DE LIMITES

SAINT-BLAISE N’A PAS DE LIMITES

Maints navigateurs en ont fait l’expérience qui y sont passés, ont disparu, mais nous ont laissé ces traces ténues que nous relevons et prolongeons sur l’épine dorsale d’un temps qui ne veut pas mourir.

Saint-Blaise n’a pas de dieux.

Si ce n’est ces dieux sans statues et sans rites qui logent désormais dans l’âme des mots quotidiens des visiteurs d’un jour.

De Saint-Blaise pourtant sans dieux et sans limites, nous célébrons encore ce presque-rien, le rêve d’une cité-fantasme qui a la forme de l’éternité.

Sur l’Oppidum sans nom Encres Vives  collection Lieu 225° 

SAINT-BLAISE HAT KEINE GRENZEN.

Viele Seefahrer haben dies erfahren, als sie hier vorbeikamen und wieder verschwanden, doch sie haben uns diese zarten Spuren hinterlassen, die wir nun aufdecken und weiterleben lassen, auf dem Rücken einer Zeit, die nicht sterben will.

Saint-Blaise hat keine Götter.

Außer diese Götter – ohne Statuen und ohne Riten – , die nun in der Seele der täglichen Worte der Tagesbesucher wohnen.

In Saint-Blaise, das doch keine Götter und keine Grenzen hat, feiern wir noch immer dieses Beinahe-Nichts, den Traum einer Phantasiestadt, die die Form der Ewigkeit hat.

Traduction de Carmen et de Martin Lauer

 PRÉSENCE DE SAINT-BLAISE

 Saint-Blaise est une chapelle située sur la commune de Saint-Mitre-les-Remparts, à mi-chemin entre Istres et Martigues. Elle se tient à l’extrémité nord d’un plateau rocheux qui, entre les étangs de Citis et de Lavalduc, domine la plaine de La Crau et surveille la région, du golfe de Fos à la chaîne des Alpilles et au Rhône. D’origine récente, ce nom de Saint-Blaise désigne aujourd’hui le site et la longue existence de trois habitats disparus :  un vaste oppidum gaulois paré d’un remarquable rempart grec (VIe-IIe s. av. J.-C), dont on ignore encore le nom antique ; la ville paléochrétienne d’Ugium (Ve-IXe s. ap. J.-C) ; enfin le castrum médiéval de Castelveyre (XIIIe-XIVe s. ap. J.-C). Autant d’agglomérations, tour à tour florissantes, détruites et oubliées, dont les vestiges, révélés par les fouilles, racontent l’histoire de la Provence et de la Méditerranée.

Quarante ans après Philippe Jaccottet et son « Paysages avec figures absentes », Jean-Jacques Dorio explore à nouveau l’oppidum sans nom. Mettant ses sens en éveil, il livre ici un beau texte qui, par fragments, accueille et essaie d’ordonner tous les signes qu’un tel lieu nous lance ou nous instille, longtemps parfois après l’avoir quitté

Jean CHAUSSERIE-LAPRÉE   Archéologue de Saint-Blaise

une pierre travaillée détail du rempart dit de « grand apparat » -150 environ